DEUXIÈME PARTIE. — III. Ciij
logîe de toutes leurs démarches. Jo veux l>ien leur faire ce plaisir, et les assurer en môme teni|)s (|ue, quand faurois tout le pouvoir du monde, je ne pourrois; jamaii^ leur en Taire mtaiit que je leur en souhaite. Cette dc^laration me |)aroft dTaîlleim nécessaire , aGn que nos \)(^tvh consulteurs sachent ivécîiément sur quoi ils me renverront , ou , ce qui me* plai* rait davantage , avec quoi ils m* admettront.
c Je vous déclare donc, mon révérend {xtc, et à toute la eompagnie, que je tiens pour indubitable que Jc^s-Christ, en tant que Verbe étemel et sagesse personnelle, est, comme parle saint Jean , la lumière véritable qui éclaire tous les hommes, et, comme parle saint Augustin, la vérité ossentîeUe qui renferme dans sa divine substance toutes les vérités immuables, et, comme parle le P. Malebranche, la raison nniveraelle des esprits, dans laquelle nous voyons les idées de toutes les choses que nous connoissons , les mêmes que Dieu voit, sur lesquelles il a formé cet univers, et sur lesqoelles il le gouverne. J'admets co grand et vaste principe avec toutes ses véritables consi^quences ; et, par une suite nécessaire, je tiens que ce que nous appelons nos idi^es ou l'objet immédiat de nos esprits est réellement distin«;ué des perceptions que nous en avons , et qui seules nous appartiennent effectivement. Jo tiens cette opinion plus évidemment démontrée qu'aucune proposition de géométrie ou d'arithmétique, puisqu'il n'y a point do démonstration qui ne suppose des idées éternelles, immuables, nécessaires, universelles, et par conséquent bien diiïérentes de nos pensées, qui toutes ont commencé d'être, sont passagères, contingentes, particulières. Je tiens enfin que la doctrine de la distinction des idées et do nos perceptions est le fondement de toute la certitude humaine dans la religion , dans la morale, dans toutes les sciences; et, si quelqu'un pouvoitse vanter d'avoir là-dessus solidement réfuté, les raisonnements de saint Augustin et du P. Malebranche , je ne crains point de le dire, pour peu qu'il eût d'esprit et qu'il suivit ses pro-
Civ INTRODUCTION.
près principes, il pourroit se vanter en même temps d'avoir solidement établi le pyrrhonisme.
« Je vois bien, mon révérepd père, que cet endroit de ma lettre ne sera pas trop favorablement écouté de la plupart de nos pères consultants. Mais je les conjure, par la douceur de Jésus-Christ, de suspendre un peu les mouvements de leur indignation , et surtout de m'épargner le nom d'gpiniàtre qui retomberoit sur le plus célèbre des saints Pères. Car vous sçavez mieux que moi , mon révérend père, que ce grand docteur de la vérité et de la grâce , si pénétrant , si habile , si judicieux, et si éloigné du soupçon d'entêtement , est si plein de cette opinion qu'il n'a presque point un ouvrage , presque point une lettre , qui soit de quelque étendue , où il ne la prouve et ne la suppose. C'est une des clefs, de sa doctrine; c'est là-dessus que roule presque toute, sa théologie, que personne n'entendra jamais parfaitement s'il n'entend cette matière. Vous sçavez les conséquences si saintes et si chrétiennes qu'il en tire ; et , quoiqu'il fût si rempli de charité qu'il épai^noit les injures aux hérétiques mêmes, si raisonnable qu'il n'accusa jamais d'obstination ceux qui avoient des sentiments contraires aux siens dans les matières qui n'étoient point tout à fait incontestables, vous sçavez comme il traite ceux qui ne reconnoissent point avec lui la doctrine des idées distinguées de nos connoissances : « His « et talibus documentis coguntur fateri quibus disputantibus a Deus donavit ingenium et pertinacia caliginem non obc( ducit, rationem veritatemque numerorum et ad sensus a corporis non pertinere et invertibilem sinceramque cona sistere, et omnibus ratiocinantibus ad videndum esse com- « munem *. » Et dans ses Soliloques, l. II, c. 48 * : « Quis (( mente tam cœcus est qui non videat istas figuras , quse in a geometria docentur, habitare in ipsa veritate? »
C'en est assez , mon révérend père , pour .faire connoître à
' De lib. arbitr., I. II, c. viii, edil., Benedicl., 1. 1, p. 595. ' Kdit. Benedict., 1. 1, p. 393.