‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 43 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE. — III. CVij · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — III. CVij

compagnie dans Tunité d'un même esprit et d'un même cœur en Jésus-Christ, et que toute ma vie je serai particulièrement , etc. »

Le personnage anqael s'adressait André était un P. Dayid^ 9 exempt de tout fanatisme, qui lui répond une lettre fort modérée dans le genre de celle du P. Daubenton.

« Je n*ay reçu, écrit-il de Paris, le 26 juin f709, aucun ordre d'aseembler la consulte touchant ce qui regarde votre révérence , mais je vous prie d'être persuadé que je suis en disposition de vous rendre tous les services que vous désirez de moy. Trouvez bon cependant que je vous dise que vous prenez un peu trop promptement votre parti dans une affaire qui est de si grande conséquence pour vous , soit par rapport à Dieu , soit par rapport aux autres suites qu'elle peut avoir. J'estime fort le P. Malebranche, et il est mesme fort de mes amis , mais je vous crois trop sage pour vous faire le martyr de sa doctrine. Si vous n'avez pas d'autre fondement que ce que vous me dites pour croire qu'on songe à vous renvoyer de la compagnie , votre soupçon me paroist très-mal fondé. Quoy qu'il en soit, il n'est pas question de disputer avec vous des principes du P. Malebranche ; je vous diray seulement que j'ai examiné autrefois sa doctrine là^dessus , et que je n'ay pas eu assez de pénétration pour la comprendre, et que d*autres que des jésuites n'en ont pas eu plus que moy ; mais que .'nous voyions ou que nous ne voyions pas les choses en Dieu , c'est une question qu'un régent de philosophie n'est pas obligé de traiter dans un cours de philosophie qu'on dicte à des écoliers. Il est de la prudence , quand on est dans un corps, de ne pas s'occuper d'opinions qui rie regardent pas la foy. En un mot, mon révérend père, je vous conseille de faire de sérieuses réflexions sur l'affaire dont il s'agit. Consultez Dieu

* {Sic.) I^uls renseignements sur ce père , ni dans Moréri ni ailleurs.

CViij INTaODUCTION.

et les règles de la prudence , je ne demande que cela de vous ; mais consultez^es de sang-froid y et coinme si vous étiez sur le point de rendre bientôt compte à Dieu de la détermination que vous prendrez. Quoyque je n'aye point Thonneur de vous connoître , j*ay ouy parler de vous avec quelque estime , et serois très-fâché que vous fissiez une démarche dont tost ou tard vous devez vous repentir. Je suis avec respect , etc.

« Daviol. »

Selon sa coutume, aussitôt qu^il entend des paroles modérées et bienveillantes, André s*apaise. Après avoir offert sa démission, il la retire, et ne témoigne plus que le désir de vivre en paix avec ses confrères.

« Je n*ai pu vous marquer plus tôt, répond-il au P. Daviol , combien j'ai été satisfait de la lettre que votre révérence m'a fait l'honneur de m' écrire. Je suis bien aise que vous me rassuriez sur ce que je m'étois mis dans Tesprit que l'on ne seroit pas fâché que je fisse quelque ouverture pour délivrer la compagnie d'un si mauvais sujet. Je l'avois cru de bonne foi , et sur la conduite que je voyois garder aux supérieurs à mon égard et sur ce que m'a voient dit deux ou trois personnes. Je me suis trompé : j'en bénis le Sei^çneur I Je n'ai jamais souhaité de sortir d'une compagnie où je suis entré avec tant de joie , et où j'ai vécu avec tant de consolation , et , je puis vous en assurer, mon révérend père , avec d'autant plus do consolation que j'y ai eu plus à souffrir. Je n'ai donc garde désormais d'insister sur l'alternative que j'avois proposée ; j'attendrai avec patience qu'il plaise ^u révérend père général de m'y unir encore plus étroitement par les derniers liens. Je n'y veux d'autre degré que d'y être au-dessous de tous , ni d'autre privilège que d'y servir tout le monde. Je ne vous dis point , mon révérend père , de ne point montrer ma première lettre ; elle ne feroit qu'ewter les passions de

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