Enfin , une autre conséquence aussi légitime que les
précédentes , est que nous n'avons aucune certitude qu'il existe au inonde d’autres êtres que chacun de nous : car s'il se fait en nous des impressions dont nous attribuons l’occasion à des esprits et à des intelligences qu’on suppose exister hors de nous-mêmes, nous avons bien une perception intime de ces impressions reçues en nous; mais cette perception intime ne portant conviction que d'elle-même et étant tout intérieure, elle ne nous donne aucune certitude évidente d’un être qui soit hors de nous. En effet , selon les philosophes dont nous parlons, l ame n'est point évidemment certaine si elle n'est pas de telle nature qu’elle éprouve par elle-même et par sa seule constitution les impressions dont elle attribue la cause à des êtres qui existent hors d’elle; elle n’a donc pas de certitude plus évidente qu’il y ait hors d’elle aucun esprit ni aucun être quel qu'il soit ; ainsi elle n’a point d’évidence qu’elle n'existe pas de toute éternité, ou même qu elle ne soit pas l'unique être qui existe au monde.
23. Après une conséquence si singulière, ce n'est plus la peine d’indiquer toutes les autres qui se présenteraient en foule, pour montrer que je n'ai nulle évidence si je veille actuellement, ou si je dors ; si j'ai la liberté d'agir, ou de ne pas agir ; de vouloir, ou de ne pas vouloir ; si je suis la cause, ou seulement l'occasion des mouvements libres de mon à nie , etc. Toutes ces conséquences sautent aux yeux d’ellesmémes , sans qu’il soit besoin de les marquer plus au long.