‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 25 sur 174 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. IX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. IX

ceux, qu’on appelle absolument des extravagants ; ceux en qui il n'est altéré que peu, en choses de légère conséquence, sont les parfaite ; ceux en qui il est altéré sur certains usages particuliers de la vie , ont le caractère de gens que depuis un temps on a appelé originaux ; ceux en qui it est altéré notablement èur quelques points particuliers', sont ceux de qui nous disons: Il est fou sur tel article; et nous disons vrai ; car s’ils l'étaient ainsi sur toutes les autres choses, ils se trouveraient dans une démence formelle.

77. Au reste, rien n’est plus ordinaire que ce dernier caractère de gens, et on le rencontre souvent en des hommes qui d’ailleurs ont des qualités éminentes : en sorte que l'expérience nous fait voir tous les jours un grand fou qui est un très-bel esprit , un grand fou qui est un très-savant homme, et plus souvent même un grand fou qui est le meilleur homme du monde.

Ce qui est encore bien digne de remarque, c’est qu'au milieu de ces innombrables folies et de tant d’altération de la vérité et du sens commun , il ne se trouve quelquefois pas deux erreurs qui soient précisément les mêmes; à moins que par affectation ou par contagion l’un n’adopte l’erreur d’un autre.

78. Mais au milieu de cette diversité infinie d’erreurs et de dérangements dans le sens commun , de quelque manière qu’ils aient pu arriver (Ce que je n’entreprends pas d’établir ici , les systèmes ne prouvant rien aux esprits solides), l’expérienco montre pourtant que dans l’esprit de tous les hommes il est resté des principes ou premiers sentiments de vérité. Or, à quoi peut-on les reconnaître? «C’est quand un grand nombre de personnes, d’àge, de tempérament , d’état et de pays différent, qui sont également à portée déjuger d’une chose, en portent le même jugement.

Je puis donc bien croire que je juge mieux et que je pense plus vrai qué d’autres qui pensent autrement que moi , en des sujets dont ils ont beaucoup moins d’usage que je n'en a»

moi-mènie ; mais les clwses étant égales , il est impossible qu’un homme pense vrai sur une chose lorsque cent autres, qui sont également à portée d'en juger, pensent différemment de lui. Cette règle est d’autant plus infaillible que le sujet' dont on juge dépend moins du raisonnement, et approche plus des premiers principes et des connaissances communes à tous les hommes.

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