‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 6 sur 174 · Il faut nécessairement demeurer à cette première règle · texte numérisé non relu

Il faut nécessairement demeurer à cette première règle

qui se discerne par elle-même dans le plus grand jour, et

qui , pour cette raison , s'appelle évidence au suprême degré.

Les sceptiques auraient beau objecter qu’ils doutent s’ils

existent’, ce serait perdre le temps que de s’amuser à leur

faire sentir leur folie, et de leur dire que s'ils doutent de tout, il est donc vrai qu'ils existent , puisqu’on ne peut douter sans exister. Il sera toujours en leur pouvoir de se retrancher dans un verbiage ridicule, où il serait également ridicule d’entreprendre de les forcer. 11 n’est pas raisonnable de daigner montrer la vérité à qui , affectant de ne pas la voir, ne conviendrait pas aussi de cette première proposition , qui est d’une évidence invincible : Je pense, je sens, j'existe. ,

12. On demande à cette occasion si Descartes n’est point tombé dans l’illusion de proposer sa propre existence comme une conséquence de sa pensée actuelle, disant : Je pense, donc je suis; puisque c’est par une même perception de notre âme <[iie nous éprouvons le sentiment intime et de notre pensée et de notre existence. S’il avait effectivement prétendu nous donner par là une nouvelle conviction de notre existence, comme quelques-uns l’ont cru , il aurait pris un soin fort inutile, pour ne pas dire puéril. Mais ceux qui le justifient prétendent qu’il n'a insisté sur ce raisonnement , que pour donner un exemple de l’analyse des conséquences les plus simples q'ui se puissent tirer d’un principe. Or, il est vrai que j'existe. est une conséquence de la proposition je pense, puisqu’on ne peut penser sans exister ; au lieu que je pense n’est pas une conséquence de la proposition j’existe, car on peut exister sans penser. Mais la conséquence est ici jointe à son principe si immédiatement que, loin de pouvoir s’y méprendre, il faut de la subtilité pour apercevoir comment l’une n’est pas l’autre. Ainsi cette fameuse conséquence, Je pense, donc je suis, est dans le fond vraie et légitime ; mais dans le fond aussi elle ue mériterait pas trop la peine d’être faite, et mériterait encore moins qu’on la fit valoir comme une découverte 1 . ;

1 Le P. Bulïier semble vouloir cacher autant que possible ce qu’il emprunte au cartésianisme si longtemps proscrit par son ordre. C/esl pourquoi peut-être, après avoir dit qu’on est plus redevable à la méthode de Descartes que ne le pensent scs sectateurs eux-mêmes, après avoir opposé aux sceptiques l’argument fondamental de Descartes, à savoir que leur

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