DEUXIEME PARTIE. — C.IJAP. XIII
a voulu prouver l'existence de Dieu, c’esf-à-dire d'un être actuellement infini, il a raisonné ainsi : Dieu existe, s’il est possible; or, il est possible, donc il existe.
259. Je sais les diverses réponses qu’on fait à ce raisonnement ; mais il me semble que la plus courte et la plus plausible en même temps, se tire de ce que j'ai établi touchant le jiossible. Car quand on inc dit qu'un être infini, en tant qu'infini absolu , est possible, mon esprit se perd également dans le sujet et dans l’attribut de la proposition; le terme infini et le terme possible, pris dans toute leur étendue, sont des objet qui passent par leur infinité toute la portée de mon esprit. Ainsi , n’y concevant rien , je ne sais plus qu’en nier ou qu’en affirmer. Par la encore s'aperçoit le défaut de cet autre raisonnement : Un être infini est possible puisqu'il n'est pus imjiossible; et il n’est pas impossible puisque nous n'y pouvons découvrir nulle impossibilité. La pensée d'un esprit borné comme le nôtre ne saurait être la juste mesure de tout ce qui est jiossible ou impossible : le jiossible et l’imjiossible dans toute leur étendue, étant infinis , jiassent manifestement la portée de notre connaissance, qui s’v jierd et s’y confond. Il est donc clair que, jiar rajijiort à l’être infini en tant qu’infini, et à sa jiossibilité, notre esprit ne jieut, sans témérité et sans présomption, en affirmer ou en nier quoi que ce soit.
260. Ce qui tromjie quelques-uns au sujet du possible, c’est qu’il st* peut considérer ou dans toute son étendue ou comme restreint à des choses particulières et finies dont les idées soient à la portée de notre esprit. Sous ce dernier regard nous pourrions juger de la possibilité d’un être : encore faut-il bien prendre garde aux divers sens que jieut avoir le mot possibilité ou le mot impossibilité qui lui est o|ijiosé.
264. Les scolastiques distinguent à ce sujet trois sortes d’impossibilités qui sont utiles à remarquer: 4°. Une impossibilité d’ajirès une supposition ou hypothèse, ce qui regarde une chose jiossible en elle-même , mais qui est impossible en
conséquence d’une supposition que l’on aurait faite et que l’on continue à faire. Par exemple, il est très-possible que j’aille me promener demain ; mais si je suppose que je n’irai pas., et que Dieu, qui prévoit tout, ait prévu que je n’irai pas, il est impossible, dans cette supposition, que demain j’aille me promener, puisque la supposition renferme une impossibilité, savoir que j’irai me promener demain, tandis qu’on suppose en même temps que je n’irai pas me promener demain. De même encore, il est très-possible que je sois actuellement debout ; mais si l’on stipposo que je suis actuellement assis, il est impossible, en conséquence de cette supposition , que je sois actuellement debout.
La seconde impossibilité revient à cette première, et n’est que par certains rapports ou suppositions tacites. Ainsi , il est impossible que je sois trompé par le témoignage unanime de mes sens dont les organes sont bien disposés ; mais c’est ' par rapport à l’ordre naturel des choses que l’on suppose tacitement : ainsi , quand je dis qu’il est impossible que ce que j’ai actuellement devant les yeux ne soit pas de l’écriture, je suppose tacitement que Dieu ne fasse pas actuellement un miracle. •
262. La troisième impossibilité est la seule impossibilité absolue et proprement dite. On la définit communément ce qui renferme contradiction , et l’on suppose que. cette définition est si claire , qu’elle ne peut avoir nulle ambiguïté ; cependant elle est l’occasion d’une méprise importante et ordinaire. On confond, d’un côté, ce qui renferme contradiction avec ce qui nous parait renfermer contradiction, et, d’un autre côté, ce qui ne nous paraît pas renfermer contradiction avec ce qui , en effet , ne la renferme pas.
263. Un homme qui avait inventé une machine , ingénieuse d’ailleurs, pour le mouvement perpétuel, défiait tous les savants d’y trouver de l’impossibilité ou de la contradiction ; aussi apportait-il , pour justifier son système , des démQnstrations qui se sont trouvées telles, que la géométrie