DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XV
toujours comment . mais le Créateur le voit. D'ailleurs, outre Ja satisfaction qui en peut revenir aux hommes, Dieu en tire toujours Sci gloire, qui est le seul bien dont nous puissions juger que le souverain Être se trouve susceptible.
28.3. On demandera peut-être quelle différence se trouve pntre ce qu’on appelle d’ordinaire le bon ou le bien honnête, * et le bon ou le bien utile , puisque l’un et l’autre doivent nous donner de la satisfaction. C’est que le bien honnête nous satisfait du c<)té de la conscience et de la raison , ce qui est un bien durable, solide, et qui n’est point sujet à de fâcheux retours; au lieu que le bien appelé communément utile , en tant qu'opposé à l’honnête, satisfait du côté de la cupidité, et se trouve exposé au dégoût et à l’inquiétude. Si la satisfaction qu’on tire du bien utile est vive, mais d’une trèscourte durée, on lui donne alors plus ordinairement le nom de bien agréable. A parler exactement, tout bien est véritablement utile, puisqu’il sert à nous satisfaire plus ou moins, d’une façon ou d’une autre, pour le temps ou pour l’éternité.
284. Le mot bon est donc équivoque, signifiant également différentes sortes de bontés que l’on ne démêle pas. Chacun des hommes en particulier, pensant à soi préférablement à tout autre, n’appelle bien ou bon que ce qui contribue à son bonheur particulier; mais puisque le bonheur est pour tous les hommes qui sont unis par les liens de la société , on rie doit , ce semble , appeler bien ou bon absolument que ce qui contribue au bonheur général de tous les hommes, ou ce qui fait du bien et parait bon à tous. Quand on manque à prendre ces mots dans ce sens-là, il n’en faut jamais disputer; car si d’un même objet l’un dit qu'il est bon et l’autre qu’il n’est pas bon, ils ont également raison l’un et l’autre; c’est comme s’ils disaient, l’un : Cet objet est bon pour moi ou il me plaît ; et l’autre : Cet objet n’est pas bon pour moi ou il me déplaît; ce qui est également vrai à l’égard des deux personnes qui le disent.
< 285. Le mot vrai prend quelquefois la signification du mot
bon: comme quand on dit de vrai ou de bon or, une vraie perle, etc. Ce qui n’est qu’un usage de langue, pour signifier que les propriétés auxquelles nous avons attaché le nom de perle, comme la blancheur et la netteté, conviennent rèritablemenl à une chose que l’on indique. Ainsi , dans cet usage, Je mot vrai n’a été introduit que pour distinguer une chose d'avec celles qui auraient seulement l’apparence ou une partie de ses propriétés, sans les avoir réellement, ou sans les avoir toutes. Ainsi on dit un vrai diamant, parlant de celui qui a toutes les propriétés que l’on attache communément à l’idée désignée par ce nom diamant, telles que le brillant et la dureté. On appelle au contraire faux diamant celui qui aurait le brillant et l’apparence du diamant, et qui n’en aurait pas la dureté ou quelqu’une des autres propriétés que nous supposons être essentielles au diamant.