XXV. Hémisphère qui borne la vue
Quand on marche dans la campagne, la Vue se borne par un certain cercle. On a beau avancer par un endroit, le cercle avance comme nous, et l'on voit toujours autant d'espace devant soi. Les enfants s'imaginent qu'en allant, ils parviendront au bout de ce cercle, mais les hommes sages se rient de leur simplicité. L^ ambitieux de même s'imaginent que, quand ils seront arrivés à un certain état, ils ne désireront plus rien; ils se trompent comm^ les enfants^ Le cercle se reculera, ils verront toujours de nouvelles grandeurs à acquérir, et ils croiront le pouvoir faire ; mais ® considérant l'ambition dans chaque partie du temps , elle est bornée, comme j'ai dit, par un certain hémisphère comme notre vue.
XXyi. Maux passés ne sont rien. Or tout passe,
Les maladies ni toas les autres maux ne sont plus rien à nos yeux quand elles sont passées, nous ne les regardons que comme des songes. Au contraire, tout ce qui nous occupe dans la santé, ce qui est l'objet de nos désirs, ne nous est rien durant la maladie.
Il ne faudrait que conserver cette double impression pour juger bien de toutes les choses du monde, et pour en mépriser tous les biens et tous les maux.
XXyiI. Amas de biens humains avec un seul défaut suffit pour
rendre une personne malheureuse* '
J'ai pris plaisir à voir dans une certaine personne qu'une grande naissance, un grand esprit, tous les avantages du corps et de la fortune, la santé, l'agrément de la parole, la réputation, la piété et plusieurs autres grandes qualités jointes ensemble ne se terminaient qu'à faire une femme malheureuse, parce qu'elle n'avait aucun sentiment de ces biens et que son esprit était porté à se tourmenter, et qu'une autre personne, sans avoir rlej^de tout cela, goûtait une parfaite paix.