AUX OEUVRES DE M. RIAMBOUKG
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« Il n'est pas impossible qu'un seul « homme ose entreprendre de prouver suc- « cessivement que la religion n'est point « absurde, qu'elle est raisonnable, qu'elle « est vraie. Celui qui écrit ceci a depuis « long-temps conçu le projet de poser lui- « même ces trois grandes vérités, qui for- « ment comme trois degrés à l'aide des- « quels l'esprit peut s'élever jusqu'à la dé- « monstration de la religion du Christ. Si « Dieu lui accorde d'accomplir cette œu- « vre, perpétuel objet de ses réflexions, « but final de ses études, il pourra croire « que sa tâche est remplie. »
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De très bonne heure , dans ses entreliens avec ses condisciples de l'Ecole polytechnique , l'auteur des paroles qu'on vient de lire avait été frappé d'un préjugé qui domine et aveugle un trop grand nombre d'esprits ; c'est que toute religion qui a des mystères est, par cela seul, convaincue d'absurdité et par conséquent indigne d'examen.
Certes il a fallu toute Xinphilosophie du siècle pour obscurcir à ce point les intelligences; car pour quiconque a la première notion des conditions essentielles du problème religieux , toute croyance qui n'implique point à un certain degré la connaissance de l'infini, ne mérite point le nom de religion; et toute doctrine qui admet l'infini présuppose des mystères, ou bien elle est convaincue d'avance de contradiction , et partant d'absurdité.
Mais il faut bien prendre les questions au point où le XVIIIe siècle les a fait descendre. M. Riambourg pensait donc que toute apologétique du christianisme, approprié aux préventions irréligieuses de la
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génération an milieu de laquelle il avait surtout vécu, devait prouver avant tout que les mystères ne sont point une fin de non-recevoir contre l'Evangile ; bien plus, que loin de rejeter la foi chrétienne comme absurde, parce qu'elle a des mystères, on devrait au contraire la réprouver comme telle, si elle n'en avait pas; qu'enfin, plus une doctrine pénètre dans la connaissance de l'infini , plus elle doit découvrir de mystères , et qu'ainsi la religion qui en contient le plus est dès là présumée avoir percé plus avant qu'aucune autre dans la science des choses divines.
Parvenu à ce point de la discussion , M. Riambourg suppliait son interlocuteur de vouloir bien examiner le Christianisme au moins comme hypothèse. 11 lui proposait à ce sujet sous une nouvelle forme, en le revêtant même de toute la rigueur de l'appareil algébrique , le célèbre argument de Pascal aux indifférens de son siècle : « Il faut parier, vous n'êtes point « le maître de n'en rien faire; or le plus « sûr est de parier pour la vérité de l'É-
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« vangile, et à plus forte raison d'en peser « la valeur. »
Là s'offraient les diverses hypothèses philosophiques et religieuses qui se sont produites depuis la création : judaïsme , idolâtrie , philosophie ancienne , christianisme , mahométisme , philosophie des derniers temps. Comparons : ou plutôt ne suffit-il pas d'exposer ces doctrines pour qu'éclate d'évidence la supériorité de l'Evangile?
Mais ce n'est point assez que la doctrine évangélique l'emporte sur toutes les autres , il faut de plus qu'elle satisfasse pleinement toutes les facultés humaines. Ici M. Riambourg devait établir qu'en soi et abstraction faite de toute comparaison, la religion chrétienne est la plus belle des hypothèses \ que seule elle rend compte de tout , expliquant admirablement ce qu'est Dieu , ce qu'est l'homme , et quels doivent être les rapports de l'homme avec Dieu \ que seule elle répond à tout notre être, à ce triple instinct duvrai,du grand et du bon, qui est inné dans l'homme;
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-et à scs trois facultés primordiales, intelligence , admiration , amour.
Tout cela du reste, dans la pensée de M. Riambourg, n'était encore, si je puis dire ainsi , que la préparation évangélique. La démonstration devait suivre, et c'est alors seulement qu'il eût invoqué, non pas le syllogisme métaphysique , mais l'autorité des faits les plus matériellement prouvés, les prophéties, les miracles, et les plus grands, les plus irrécusables de tous, la conversion des Gentils, la réprobation des juifs, et la merveille de la fixité du Christianisme, non moins admirable que celle de son établissement sur la terre.
Ainsi , la religion chrétienne est possible;
Elle est probable ;
Elle est prouvée.
Voilà quels étaient les trois grands anneaux de la chaîne que M. Riambourg avait conçue, les trois degrés successifs qu'il voulait placer au seuil de l'Église de Jésus-Christ.
Ce fut l'illusion de son zèle de croire
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qii'bne vie d'homme suffise à de pareils travaux. 11 a bien pu mettre à peu près la dernière main au premier de ces trois traités : la religion chrétienne vengée du reproche d'absurdité. Mais il n'existe du second que des fragments et des matériaux. Le troisième, à proprement parler, n'était point à faire ; M. Miami >ourg le reconnaissait lui-même, et il comptait se borner a un choix parmi les apologistes chrétiens qui ont le mieux développé les preuves directes de la religion.
On voit combien le second traité devait être immense. Ce n'était rien moins que le tour du monde depuis Noé jusqu'à nos jours.
L'École d'Athènes, qu'on trouvera en tête du présent volume, n'était qu'un chapitre de cette encyclopédie des philosophies et des religions. M. Riambourg avait détaché de ses manuscrits ce dialogue, en réponse à une question mise au concours par la Société Catholique des Bons Livres , qui couronna l'ouvrage dans sa séance du mois de février 1829. L'impression en fut
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ordonnée, et railleur ne voulant pas qu'on pût se méprendre sur l'idée-mère de son travail et en éluder la portée , en fit ressortir l'intention première dans un prologue et un épilogue additionnelsqui 11e sont pas la partie la moins importante de son oeuvre. Jamais l'antithèse du scepticisme et du dogmatisme purement philosophique n'avait été mise en scène avec plus de largeur et de précision; jamais l'impuissance de toute philosophie proprement dite à constituer un corps decroyances ne fut mise à nu avec une plus irrésistible évidence (i). Dans l'épilogue, sorte de conclusion digne de la gravité des anciens , M. Riambourg reprend en son propre nom la parole ; il déduit victorieusement de l'inanité de toutes les philosophies la nécessité d'une
(1) Nous n'entendons nullement soutenir ici que la raison est impuissante à démontrer une vérité quelconque , ce qui serait le pur scepticisme ; mais bien qu'elle ne suffit pas à satisfaire les besoins religieux de notre nature, et que , réduite à elle-même , elle n'a rien établi qui eût l'autorité d'un dogme incontestable. 11 n'y a qu'à mettre le dialogue de Platon sur l'immortalité de l'âme, le Phcdon , avec ses lueurs conjecturales, en re-
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révélation, en pose les caractères incon^ testables} et la question une fois réduite à ses véritables termes , il démontre en peu de pages , par des preuves tout extérieures et palpables , où il faut chercher non seulement Tunique révélation , mais l'unique église qui vienne du ciel.
A quelque égard néanmoins, la question soulevée par le concours était plus étendue que la solution donnée par Y Ecole d'Athènes. La raison antique était historiquement convaincue d'impuissance religieuse. Mais avant d'en conclure la nécessité d'une source supérieure de lumières, ne fallait-il pas interpeller la raison moderne et lui fermer la bouche à son tour? Le programme de la Société Catholique l'avait ainsi compris; et pour ne pas manquer
gard des affirmations de saint Paul : Omnes quidem
resurgemus oportet corruptibile hoc induere
incorruptibilitatem , etc., etc. Nous pensons , comme saint Thomas , que la raison avait sa mission dans les matières religieuses , que son rôle était de reconnaître ses propres limites , et par conséquent la nécessité d'une Révélation, puis de constater extrinscquement où résidait le dépôt de celte Révélation si nécessaire.
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lout-k-fait à cette condition , M. Riambourg avait mis sur les lèvres des sceptiques de l'antiquité les principaux arguments du scepticisme des temps postérieurs. Mais il se promettait bien de satisfaire pleinement plus tard à l'autre moitié de sa tâche.
En attendant, il courait au plus pressé, suivant la familière expression de saint François de Sales , et l'esprit de prosélytisme doux et patient qui était en lui l'incitait à étudier d'abord les philosophies contemporaines ; depuis long-temps il avait porté sur les systèmes qui ont précédé de pénétrants et attentifs regards.
Disons-le en passant , les rapports assidus de M. Riambourg avec une société de jeunes gens qui s'était constituée à Dijon sous son patronage, ne furent pas sans influence peut-être sur cette nouvelle direction donnée à ses études. Il en déposa les prémisses dans un journal fondé dans l'ancienne capitale de la Bourgogne, par trois membres de la société dont nous parlons : ce journal avait pour litre le Provincial.
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Après que celte feuille eut cessé de paraître, M. Riambourg continua sa polémique dans le Correspondant ^ recueil périodique rédigé à Paris par d'autres jeunes gens, qui depuis sont devenus des hommes, MM. de Carné, de Cazalès, F. de Champagny , etc.
Enfin, quand le Saint-Simonisme eut paru, comme pour résumer toutes les philosophies antérieures, M. Riambourg n'attendit pas que cette doctrine eût entièrement fourni sa carrière pour faire son oraison funèbre dans un troisième journal, la Gazette de Bourgogne y où écrivait alors un savant publiciste, son condisciple et son ami, M. Frantin.
Ce sont ces publications successives que l'auteur se proposait lui-même de réunir sous le titre $ Ecole de Paris , et qui servent de transition à son dernier ouvrage , Rationalisme et Tradition.
Une même pensée anime ces trois compositions : l'insuffisance de la raison, quant aux vérités métaphysiques, et la nécessité d'une foi révélée. Dans Y Ecole
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d'Athènes, L'auteur se borne à dévoiler le néant du rationalisme antique. Dans Y Ecole de Paris , il s'attache à faire ressortir le vide et l'embarras du rationalisme contemporain , non sans faire rayonner à travers ce vide la psychologie de saint Jean et de saint Augustin, si supérieure à celle de Reid et de ses disciples. Dans Rationalisme et Tradition , dernier acte de cette trilogie philosophique et complément naturel de la pensée de l'auteur, il ne se contente pas de combattre le rationalisme, il l'explique. Il montre comment cette aberration de l'esprit humain a eu sa source et jusqu'à un certain point son excuse dans les fables de l'idolâtrie et l'ésotérisme des sanctuaires de l'Egypte et de la Grèce; il cherche comment , après avoir été vaincu par l'Evangile , le rationalisme a eu son réveil dans les temps modernes; et le poursuivant daus ses derniers échos (l'éclectisme de M. Cousin, l'école écossaise représentée par M. Jouffroy et le syncrétisme saintsimonien), M. Riambourg achève sa vic^-
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toi re, qui estcelle de la tradition chrétienne* Il n'y a proprement qu'une erreur dans le monde , celle que l'homme se suffit à lui-même, que sa raison, souveraine indépendante, est l'unique et infaillible mesure du bon et du vrai -, de même que toutes les vérités se condensent en une seule, savoir que Dieu est, que toute existence et toute connaissance émanent de lui. Rationalisme et Tradition sont donc les deux pôles du monde philosophique ; toutes les controverses peuvent se ramener à ces deux mots, comme à leur dernière et plus simple expression. Nous nous abstenons de louer l'ouvrage qui porte ce titre significatif. Qui a mieux posé la question fondamentale de la controverse contemporaine? Où chercher une récapitulalion plus brève et plus logique du passé et du présent de la philosophie? Où trouver ailleurs, sous un moindre volume, des recherches plus multiples , plus consciencieuses, rendues plus accessibles à toutes les intelligences, et une réfutation plus substantielle et plus péremptoire de
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toules les philosophies de l'ère présente (i) ?
Inutile certes de montrer en quoi les trois publications qui viennent d'être rappelées se rattachaient au grand travail que s'était imposé M. Riambourg pour mettre en relief la vérité de cette proposition : La religion chrétienne est probable. Une remarque seulement nous sera permise.
Dans le premier de ses ouvrages, dont nous n'avons parlé que dans sa biographie, la pensée philosophique et religieuse tient une grande place sans doute; mais la pensée monarchique prédomine , et voilà pourquoi nous n'avons pas compris dans cette édition les Principes de la révolution française définis et discutés. Dans les trois autres, le philosophe chrétien se montre seul.
Ajoutons que les plus graves questions de la philosophie et de l'histoire y sont non seulement remuées, mais résolues
(1) L'auteur regreltaitendernierlieud'avoirnégligé la réfutation du rationalisme panthéiste; c'était une lacune qu'il se proposait de remplir dans une seconde édition.
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avec une lucidité et une Loyauté de discussion qui ne sont plus guère de notre temps; et il est bien rare d'avoir raison avec si peu d'intolérance et même de hauteur. L'impartialité du juge dominait en M. Riambourg , alors même que la dialectique du censeur se montrait plus pressante et plus victorieuse; tant il était iidèle en tout à la maxime de l' Apôtre : Non plus sapere quàm oportet sapere } sed saper e ad sobrietatem !
Rationalisme et Tradition renfermait les conclusions de M. Riambourg sur le polythéisme , fruit de longues recherches sur les religions de l'Egypte, de la Syrie, de l'Inde, de la Chine, de îa Perse et des nations Scandinaves. Pour compléter son livre de prédilection, il s'était, dans les derniers temps de sa vie, attaché de préférence à mettre en lumière les débris de la tradition primitive qui sont enfouis dans les livres sacrés des peuples idolâtres. C'est ainsi qu'il avait publié sur l'Edda , dans les Annales dephilosophie chrétienne , un essai qu'il comptait développer plus
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tard. La mort Ta surpris la plume à la main sur les traditions chinoises. 11 voulait ensuite s'enfermer en Perse, avec les livres Zends , puis dans l'Inde , sur laquelle il était loin de partager les rêves de l'orientalisme contemporain. C'est là cpi'il eût prouvé combien les plus simples règles de la critique s'accordent toutes à nous montrer sur les bords du Gange le rendez-vous et non le point de départ des religions de l'Orient.
Impossible de méconnaître dans le rare enchaînement de ses travaux, cet esprit de suite, un des plus heureux attributs du caractère et du talent de M. Hiambourg. Toutefois ces hautes méditations, si persévérantes qu'elles fussent, n'ont point suffi à l'absorber entièrement.
Des questions secondaires, une surtout d'une incontestable gravité , celle de la certitude, étaient à l'ordre du jour et sollicitaient à ce titre l'activité de son zèle. Dès l'apparition du deuxième volume de Y Essai sur l'Indifférence , M. Riambourg démêla les équivoques et les faux-
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fuyants d'une dialectique décevante , et il en fit justice. On tenta en vain de l'amener plus tard à rendre, dans le prologue ou dans l'épilogue de Y Ecole d'Athènes , un hommage indirect à M. de Lamennais. D'importantes questions de détails , qu'un autre grand écrivain, M. Cousin, avait faussées de son côté avec toute l'autorité de son nom et toute la supériorité de son style, trouvèrent aussi en M. Riambourg un appréciateur exact, mais sévère comme la vérité. Avant Rationalisme et Tradition, et les travaux qui en sont l'appendice, entre autres l'aperçu dune nouvelle direction à donner à la polémique chrétienne, travaux qui furent pour M. Riambourg le chant du cygne , nous avons cru devoir rapprocher et réunir, comme antérieure dans l'ordre de composition, cette double controverse avec deux célébrités contemporaines. Nous y avons joint quelques fragments , précieux mélanges de philosophie religieuse; et comme spécimen de ce que pouvait l'inaltérable rectitude d'esprit de l'auteur,
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transportée dans un tout autre ordre d'idées, nous donnons à la suite un fragment sur le beau et sur le goût, égal pour le moins, ce nous semble, à ce que Montesquieu avait écrit sous le même titre pour la première Encyclopédie.
Et maintenant, nous plaçons ces œuvres d'un homme de bien , sous le patronage de toutes les âmes sincères, de tous ceux qui cherchent la vérité avec un cœur droit et un œil pur. Adversaires ou amis, nous les offrons à tous avec la même confiance. Mais elles s'adressent plus particulièrement à ceux de nos frères qui ont besoin d'être confirmés dans la foi en ces temps d'épreuve : c'est à eux que nous les dédions comme une consolation d'assez mauvais jours, et une espérance de jours meilleurs.