JOAN. XX
adresser ; mais le juste appréciateur de toutes choses, le Dieu dout la puissance égale la bonté , et qui n'a qu'à ouvrir la main pour remplir toute créature de bénédiction , après avoir interrogé son amour en présence de ses disciples assendjlés , se contente de leur souhaiter la paix ; et comme sa parole est efficace, et opère au même instant ce qu'elle exprime, en leur souhaitant la paix , il la leur donne : pax vobis.
N'est-ce pas nous faire entendre, n. t. c. f., qu'il n'y a rien de meilleur que la paix ? N'est-ce pas nous indiquer le vœu qu'un bon pasteur doit former avant tout pour ses brebis? Et, en effet, tous les rapports spirituels que la religion va établir entre nous , ces relations de déférence et d'autorité , ces liens si doux de confiance et d'attachement qui \ont nous unir, tous ces devoirs si saints et si redoutables (|ui m'enchaînent désormais au service de vos âmes , ne se terminent-ils pas à la paix , comme à leur principale , à leur unique fin ? Le ministère que nous venons remplir auprès de vous est un ministère de conciliation et de paix ; le Dieu que nous vous annonçons \eut être appelé le Dieu, le prince de la paix * ; l'Evangile que nous vous prêchons, c'est V Evangile de la paix; un des fruits
' Vocabitur nomen ejus., Deus... princeps pacis. isai. ix. 6.
les plus précieux de la présence de TEsprit-Saint (jiic nous répandons sur vous par Tiniposition des mains , c'est encore la paix ; toute l'économie de notre rédemption , après la gloire qu'elle rend au Très-Haut, n'a d'antre but que le rétablissement et le règne de la paix ; de la paix avec Dieu par l'abolition du pécbé, de la paix avec nos Irères par l'oubli des oflenses et l'union des cœurs, de la paix a\ec nous-mêmes par le (émoignage que nous rend une conscience pure ; et le ciel lui-même , avec toutes ses gloires et toutes ses merveilles, n'est le séjour du bonbcur suprême ([ue parce qu'il est le siège d'une paix éternelle.
Hue la paix soit donc avec vous: pax vobis ; et par (piel vœu puis-je mieux répondre à tous les \n'u\ dont vous venez d'accueillir mon arrivée au milieu de vous? Connnent puis-je mieux reconnaître les empressements de votre zèle et de Notre piété , ces témoignages de votre affection «pii pénètrent mon cœiu- , ce mouvement religieux et spontané qui vous a portés, a>ec im concours unanime, au-devant de celui (|ue le ciel vous envoie? [.es longs discours, les expressions étudiées ne vont pas à une émotion profonde; c'est a>ec des larmes d'attendrissement, et non avec de faibles paroles, que je devrais répondre aux toucliantes manifestations de votre joie
pieuse ; et je suis heureux de trouver dans l'Evangile une parole simple , mais expressive , qui vient au secours de mon impuissance à rendre toute l'abondance de mes sentiments. Chers et bien-aimés diocésains , qui avez voulu honorer dans la faiblesse et l'infirmité de ma personne la personne adorable de J.-C, qui m'a fait son ambassadeur auprès de vous et le dispensateur de ses mystères * ; vous qui avez fait de mon entrée dans vos murs une solennité de religion et une fête de famille , je puis vous le dire avec le prince des Apôtres : Je ne viens point à vous avec de l'or et de l'argent ; je ne distribue point les faveurs de la fortune; je n'ai pas même d'expression pour vous témoigner ma vive sensibilité; mais ce que j'ai, je vous le donne^ , la paix que j'ai reçue de mon Maître pour la répandre sur ses enfants : pax vobis.
Oui , que la paix soit avec vous , ministres de J.-C. , pasteurs des âmes , qui en dispensez les trésors aux fidèles dans la communication des mystères saints, qui l'entretenez dans le cœur du juste par la charité de vos conseils et le zèle de vos exhortations , et la rétablissez dans les consciences troublées par l'inquiétude ou le remords ! Puissiez-vous
1 Pro Çhristo legatione fungimur. 2. cor. v. 20. - Argentum etaurum non est mihi. Quod autem habco , hoc tibi do. ACT. m. 6.
trouver dans ses doiicours célestes la récompense de \os soins assidus cl le dédommagement de tous vos sacrifices pour le salut de vos brebis! Continuez d'édifier les peuples par les exemples de votre union fraternelle , de votre mutuelle cbarité ; d'Iiabiler la maison du Sei(incin- dans une parfaite unanimité de sentiments ' ; n'ayant tous ensemble que les mêmes pensées, les mêmes alï'ections , un même cœur cl une même àme , vous souvenant que l'union fera notre force , ou plutôt l'uni té plus forte encore (juc l'union ; et ne laisse/ régner entre vous d'autre émulation que celle des vertus, d'autre rivalité que celle du zèle à étendre le royaume de Dieu : pax vobis.
(Jue la paix de J.-C. soit avec vous, en échange de celle dont vous faites jouir vos heureux subordonnés , par la douceur et la sagesse de votre adniinistration , magistrats , que cette province et cette cité voient avec joie chargés de la défense de leurs intérêts, et placés à la tête de leurs affaires; jouissez de ces plaisirs de l'àme , de cette satisfaction secrète et délicieuse d'avoir bi'3n fait , qui est le premier fruit de raccomplissement des devoirs , et le gage des couronnes que réserve le juste Rémunéteur aux hommes en place , qui ont fait asseoir à
' Unanimes iMiptiuii sonliontes. I'hilii-.
:,() IN> r.vi.i.ATioN.
lein> cotés sa boulé el sa jnsficc , et ne se sont servi du |)OUAoir el de l'élé\alion (jue j)oiir riuniiieiir de Dieu, la gloire de l'Elal , el la léliciti' des peuples. Vous nous venez toujours , cl cr n'est point une assurance vaine , et noire houciie i)ailc ici de Tabondanee de notre eieur, vous nous xeircz toujours disposé a vous donner tous les léinoignages d'honneiu' et de cojiliante (\\\< à \(>s lonclions el à votre caractère; à joindre noire main droite à la \ôlre pour nous aider nnduellenienl dans la poursuite du bien , objet commun de nos désirs ; et nos actions comme nos paroles ne tendront jamais (pi'à entretenir cette harmonie , à conserver cette paix et cette intelligence (pii doi\enl régner fuln.' des hommes dont le seul but, quoique par dc< roules diltérentes, est de rendre leurs frères plus heureux en les rendant meilleurs.
Et vous, nnlice généreuse, armée pour pacitier et non pour combattre, pour protéger et non pour vaincre, qui placez vos triomphes daqs le maintien de l'ordre public , et votre gloire dans le repos que ^ous assurez à tous; vous de (jiii les mains, laites pour cueillir (U^r^ laurieis , jiinîcnt iiiirMix cultiver l'oliNier à rondn'e duquel il est fçnips enfin que tous les dissentiments expirent , (pie toutes les différences d'opinion se coid'ondenl el s'effacent ;
puis-jc mieux sympathiser avec les sentiments et les idées qu'éveille votre noble mission , ([u'en invoquant sur vous , an nom du Dieu dont je suis l'envoyé, cette paix d'en luuit , cette paix du ciel, la plus sûre garantie et la meillcuic inspiratrice de celle que peut désirer la terre : piix vobis.
Que la paix soit avec vous , familles chrétiennes , où se transmettent , des pères aux enfants et de génération en génération , des traditions héréditaires de foi , d'honneur et de piété : liez les temps anciens aux temps nouveaux , en prolongeant cette chaîne glorieuse de Acrtus domestiques, d'habitudes graves et religieuses, de mœurs patriai'cales qui fleurirent sous le toit de a 05 ancêtres; qu'une souuiission de dévouement et d'amour y réponde à luie autorité pleine de fermeté et de douceui' ; qu'une conliance mutuelle y unisse les époux ; qu'un père chéri et respecté y soit cojnme un prêtre qui offre , au nom de tous , le malin et le soir, le sacrifice de louanges ; qu'une mère fendre , une épouse fidèle , en soit comme l'évangélisle et l'apôlre, et ressemble, comme parle le Prophète , à celte > igue féconde qui embrasse de nombreux rejetons de ses branches tutélaires ; fjue des enfants , pleins de candeur et d'innocence , y croissent sous les yeu.x de Dieu et sous les vôtres , en âge , en grâce et eu sagesse , et
eutourenl avec joie \os loyers et vos tables; que des servilenis , inspires ixir la couaciencc cl non jHir la rraiulc ' , y apprenneul de leurs maîtres (le la terre à honorer le maître du ciel ; et qu'ainsi descendent et icjxtsenl à jamais sui' vous et sur les enfants de mis enlauts les juisérieordes promise» , les héiiédielions accordées à Abraham , à Isaac , à Jacob, a tous les justes dont >ous aurez imité la toi : pa.t vohis.
Oue la |)ai\ soit aNec nous, pauvres de J.-C, famille soidfranle des infortunés, portion du troupeau toujours la plus nond)reuse et la plus digne aussi de nos égards et même de nos respects ! Ali ! c'est à vous surtout que l'Evangile ])romet des consolations ; c'est à nous que notre ministère réserve des bénédictions privilégiées. Avant qu'une religion d'amour eût été annoncée aux hommes , le monde n'avait pour vous que de rinditîéreuce ou du mépris : les sages n'écrivant que pour les sages ou pour les heureux , vous oubliaient dans leurs projets de perfectionnement , dans leurs plans d'amélioration sociale ; mais une voix s'est fait entendre qui a dit : Heureux les pauvres, et les pauvres sont devenus dans l'Eglise de Dieu des objets vénérables et sacrés comme les vases qui servent à ses sacrifices, que
' Non solùmpropter iiani, sedetiam propter conscientiatn. rom. xui. 5.
dis-je? comme les vivantes images d'im Dieu pauvre et humilié ; et vos haillons ont paru , aux yeux de la foi , pins riches que la ponrj>re ; et vos larmes qui tombaient , sans l'amollir, sur une terre ingrate , sont recueillies par les anges, pour être échangées an ciel en ces perles précieuses dont se composera votre couronne. Ah î combien nous souhaiterions qu'il nous fût donné d'égaler les secours aux besoins, de fermer toutes \os plaies, d'adoucir toutes vos amertumes ! Mais si la disproportion des ressources aux nécessités ne nous permet pas toujours de les soulager, nous coiu])atirons du moins à vos peines ; nous vous exhorlcrons à porter Aotre croix à la suite de .!.-(>.; nous vous dirojis que le sort du juste qui souffre est préférable mille fois à celui du méchant (|tii prospère; (juc la joie est fausse , le rire trompeur: ([ue les richesses craignent la rouille et les voh'urs , mais qu'il est un trésor qu'aucinie j)uissance ne peut nous viwir , et dont notre volonté seule peut nous dépouiller, la paix d'une conscience pm-e : pax vohis,
One la paix de .I.-(^. soit aAec vous tous, habitants de cette anti(|n(' et noble cité, renommée dans tous les temps pour la pureté t]o sa loi , pour son attachement à tons les principes conservateurs des sociétés humaines; je dis la paix de J.-C!,, non cette
3t INSTA LIAT ION.
paix grossière et limesto qm' i homme opulent place dans son uhtmdancc, rt sur laquelle l'Esprit-Saint a j)rononcé l'anathème ; non cette paix trompeuse que prêchent les prophètes de mensonge , quand il n'if a point de paix et qu'il ne peut y en avoir, cette honteuse transaction entre le hien et le mal , entre la vérité et l'erreur ; la paix , sans doute , mais la vérité ; la charité , mais sous la réserve des droits imprescriptibles de la conscience et de la toi : non cette paix (|ue promet le monde et qu'il cherche dans les jouissances des sens , et la satisfaction de ses passions insensées ; paix stupide , repos de l'ivresse , sommeil de la conscience dont le réveil sera terrible , mais la paix de Dieu qui surpasse eu douceur tous les autres sentiments; la paix , santé de l'àme , source jaillissante de plaisirs purs , qui coule comme un fleuve à travers le cœur inondé de l'abondance de ses joies ! Vous Tattirerez , vous l'entretiendrez en vous , cette paix délicieuse , par votre vigilance à fuir le péché qui nous la ravit , à conserver la grâce qui nous la donne toujours plus pleine et plus abondante à mesnre que nous sommes plus fidèles : si quelques-uns d'entre vous , dans un moment d'erreur, emportés par l'ardeur des passions , avaient perdu ce trésor, ah ! nous aimons à penser qu'ils s'en
IN>TMJ,ATION. nf;
ariligenl , (|irils i-ii ressentent un déplaisii- aniei, qu'ils ont clrj.i cuncii des \(]èv> (](' pénitence et de retonr, et qu'ils se liàteroni de se réconcilier avec leur pro])re cœur, eu se réconciliant avec le Dieu bon (ju'ils oui olVeus»'- : et s'il étaii paruii vous des cœin'S aii;ris , des esj)rits divisés par les oj)inions on les intérêts, car la charité du prochain n'importe pas moins à la pai\ que la cliarité de Dieu même; si ce mot (jui ne déviait pas même être nommé parmi les chrétiens, le mot crennemis ponvait avoir ici (pielqu'applicatioii... , ah! je vous le demande, M. T. c, F., donne/ cette joie à votre évêqne , accordez cette consolation et ce succès aux premiers efforts de mon ministère ; je fais plus que de vous le demander, je \ous le commande ; laissezmoi user pour cette l'ois de l'autorité du commandement qui m'a été remise par le Seigneur ; oui , je veux que tous les cœurs se rapprochent, je veux qu'ils se mêlent et s'embrassent dans la paix et la charité de h-C, que toutes les injures soient lavées dans les larmes d'une réconciliation généreuse , et qu'on puisse dire que , dans un jour qui donne un pasteur au troupeau , il ne s'est trouvé que des Irères dans la société des enfants de Dieu : pax vobis.
Pour nous, n. t. c. f. , nous n'ambitionnons
j)a? (rautro bien qiio celui qno nous vous souhaitons à ^ous-mô^les, ot vous nous donnerez votre jiaix , comme nous vous donnons la nôtre : vous nous la donnerez par votre confiance qui sera notre force, par votre attachement qui fera notre joie; vous nous rendrez lacile l'accomplissement de nos devoirs par votre exactitude à remplir les vôtres ; vous couvrirez nos imperfections de votre charité ; vous nous aiderez de vos pieuses supplications auprès du souverain Dispensateur de toutes les grâces ; vous adoucirez nos regrets , en nous faisant retrouver au milieu de vous toutes les consolations que nous avons quittées pour vous servir; vous m'accorderez ce secours, parce que mon cœur eu a besoin, parce (pi'il est nécessaire à mon cucouragement et à mon bonheur, et que sans lui je ne pourrais envisager qu'avec elTroi une charge dont le poids accablerait ma foiblessc.
0 Dieu ! qui m'avez envo\t'' pour bénir votre peuple , bénissez vous-rnèuie , du haut des cieux , et ce peuple chéri, et le chef à (|ni aous avez remis le soin de le conduire. Kh î (|u'aurail de vertu ma bénédiction, si aous n'y joigniez la vôtre, si vous ue puriliiez de votre feu uia niaiu , uiou creur et mes lè\res, pour les i-endr»' dignes de servir d'instruments à vos miséricordes ? Bénissez donc et le
pasteur et le troupeau ; faites par votre grâce que je conserve en votre nom tons ceux que vous m'avez donnés, et que pas un d'eux ne périsse \bénissez-nous , Sauveur adorable , du secret de ce tabernacle où votre amour vous tient toujours immolé , ot toujours vivant pour intercéder en notre faveur ' ; bénissez-nous , Vierge sainte , à cause de cette église que vous aimez , et qui se glorifie de vous avoir pour patronne ; bénissez-nous , saints pontifes , qui remplissez encore ce temple auguste des grands souvenirs de vos vertus , et de l'agréable odeur de vos sacrifices; continuez aux enfants cet intérêt de religion et de tendresse que vous portiez à leurs pères , et si la voix qui vous implore n'est pas trop indigne d'être entendue de vous , jetez sur votre successeur un regard de compassion et de bienveillance , couvrez son dénument de la surabondance de vos mérites , afin qu'animé par vos exemples et soutenu par vos suffrages , il suive de loin vos traces glorieuses , et puisse un jour avec son troupeau être présenté par vos mains au Prince des Pasteurs ! Ainsi soit-il.
* Serva eos in nomine tuo , quos dedisti mihi. joan. xvii. IJ.
* Semper vivons ad interpellandum pro nobis. heb. vu. 25.