‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 31 sur 160 · A MESSIEURS LES GASTRONOMES · texte numérisé non relu

A MESSIEURS LES GASTRONOMES

Air : Tout le long do la rivière.

Gourmands, cessez de nous donner La carte de votre dîner.

Tant de gens qui sont au régime Ont droit de vous en faire un crime!

lit d'ailleurs, à chaque repas.

D'étouffer ne tremblez-vous pas?

C'est une mort peu digne qu'on l'admire,

Ah! pour étouffer, n'étouffons que de rire; N'étouffons, nëtouffons que de rire.

La bouche pleine , osez-vous bien Chanter l'amour, qui vit de rien?

A l'aspect de vos barbes grasses, D'effroi vous voyez fuir les Grâces, Ou, de truffes en vain gonflés.

Près de vos belles vous ronflez.

L'embonpoint même a dû parfois vous nuire^ Ah! pour étouffer, n'étouffons que de rire; N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Vous n'exaltez, maîtres gloutons,

Que la gloire des marmitons;

Méprisant l'auteur humble et maigre

Qui mouille un pain bis de vin aigre,

Vous ne trouvez le laurier bon

Que pour la sauce et le jambon.

Chez les Français quel étrange délire!

Ah! pour étouffer, n'étouffons que de rire ; N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Pour goûter à point chaque mets, A table ne causez jamais ; Chassez-en la plaisanterie :

Trop de gens, dans notre patrie, De ses charmes étaient imbus :

Les bons mots ne sont qu'un abus.

Pourtant, messieurs, permettez-nous d'en dire; Ah! pour étouffer, n'étouffons que de rire;

N'étouffons, n'étouffons que de rire;

Français, dînons pour le dessert;

L'amour y vient, Philis le sert;

Le bouchon part, l'esprit pétille ;

La Décence même y babille,

Et par la Gaieté, qui prend feu.

Se laisse coudoyer un peu.

Chantons alors l'aï qui nous inspire.

Ah! pour étouffer, n'étouffons que de rire; N'étouffons, n'étouffons que de rire.

MA DERMERE GHANSOIN

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