La livrée royale
Chez nous retrouvant leurs costumes, Avec talons rouges et plumes, Ils vont régner dans les salons.
Vieux tiabits! vieux galons!
Sans nul égard pour nos scrupules.
Si la foule des incrédules Mit au nombre de ses larcins
L'habit des saints, Au nez de plus d'un philosophe Je vais en revendre l'étoffe :
De piété nous redoublons.
Vieux habits! vieux salons!
Longtemps vantés dans chaque ouvrage, Des grands qu'aujourd'hui l'on outrage, Portent au fond de leurs manoirs
Des habits noirs.
Mais, grâce à nous, vont reparaître Ces manteaux qu'eux-mêmes peut-être Trouvaient bien pesants et bien longs.
Vieux habits! vieux salons!
De m'cnrichir j'ai l'assurance :
L'on fêtera toujours en France, En ville, au théâtre, à la cour,
L'habit du jour.
Gens vêtus d'or et d'écarlate, Pendant un mois chacun vous flatte; Puis à vos portes nous allons.
Vieux habits ! vieux salons !
LE NOUVEAU DIOGÈiNE.
CENT-JOLRS, AVRIL 1815.
Air : Bon voj-age, cher Dumolet.
Diogène,
Sous ton manteau,
Libre et content, je ris et bois sans gène.
Diogène,
Sous ton manteau,
Libre et content, je roule mon tonneau.
Dans l'eau, dit-on, tu puisas ta rudesse. Je n'en bois pas, et, censeur plus joyeux, En moins d'un mois, pour loger ma sagesse, J'ai mis à sec un tonneau de vin vieux.
Diogène, Sous ton manteau.
Libre et content, je ris et bois sans gène. Diogène, Sous ton manteau, Libre et contenl, je roule mon tonneau.
Où je suis bien, aisément je séjourne; Mais comme nous les dieux sont inconstants Dans mon tonneau sur ce globe je tourne, Je tourne avecla fortune et le temps.
Diogène, Sous Ion manteau,
Libre et content, je bois et ris sans gêne. Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.
Pour les partis dont cent fois j'osai rire, Ne pouvant être un utile soutien, Devant ma tonne on ne viendra pas dire Pour qui tiens-tu, toi qui ne tiens à rien?
Diogène,
Sous ton manteau, Libre et content, je ris ei bois sans gêne. Diogène,
Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.
J'aime à fronder les préjugés gothiques Et les cordons de toutes les couleurs; Mais, étrangère aux excès politiques, Ma Liberté n'a qu'un chapeau de fleurs.
Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne. Diogène, Sous ton manteau.
Libre et content, je roule mon tonneau.
Ou'en un congrès, se partageant le monde. Des potentats soient trompeurs ou trompés, Je ne vais point demander à la ronde Si de ma tonne ils se sont occupés.
Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne. Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.
N'ignorant pas où conduit la satire.
Je fuis des cours le pompeux appareil; Des vains honneurs trop enclin à médire, Auprès des rois je crains pour mon soleil.
Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne. Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.
Lanterne en main, dans l'Athènes moderne, Chercher un homme est un dessein fort beau : Mais, quand le soir voit briller ma lanterne, C'est qu'aux amours elle sert de flambeau.
Diogène, Sous ton manteau.
Libre et content, je ris et bois sans gêne. Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.
Exempt d'impôt, déserteur de phalange.
Je suis pourtant assez bon citoyen :
Si les tonneaux manquaient pour la vendange, Sans murmurer je prêterais le mien.
Diogène,
Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne. Diogène,
Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.