‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 52 sur 160 · MON CURÉ · texte numérisé non relu

MON CURÉ

Air : Un chanoine de l'Auxerrois.

Le curé de notre hameau S'empresse à vider son tonneau.

Pour quand viendra l'automne.

Bénissant Dieu do ses présents, A sa nièce, enfant de seize ans,

Il dit parfois : mignonne, Cache-moi bien ce qu'on fera ; Le diable aura ce qu'il pourra.

Eh! zon, zon. zon.

Baise-moi. Suzon.

Et ne damnons personne.

Fait pour chasser les louiis gloutons, Dois-je essayer sur les moutons

Si ma houlette est bonne?

Non: mais à mon troupeau je dis:

La paix est un vrai paradis

Qu'ici-bas l'on se donne.

Surtout j'ai soin, tant qu'il se peut.

De ne prêcher que lorsqu'il pleut.

Eh! zon. zon, zon, Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Les dimanches, point no défends La joie à ces pauvres enfants;

J'aime alors qu'on s'eh donne.

Du chœur, où seul je suis souvent.

Je les entends rire en buvant

Chez la mère Simonne; Ou j'y cours mênie, s'il le faut.

Les prier de chanter moins haut.

l!h! zon, zon, zon, .

Baise-moi. Suzon,

Et ne damnons personne.

Sans jamais en rien publier, Je vois s'enfler le tablier

De plus d'une friponne, S'épouse-t-on six mois trop tard ; Faut-il baptiser un bâtard ;

C'est le ciel qui l'ordonne.

Les plaintes fort peu me siéraient :

Le ciel et Suzon en riraient.

Ehl zon, zon, zon, Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Notre maire, un peu mécréant, A maint sermon répond : Néant;

Mais que Dieu lui pardonne!

Depuis qu'à sa table il m'admet, J'ai su qu'à deux mains il semait,

Sans bruit faisant l'aumône ; Or la grâce ne peut faillir : Puisqu'il sème, il doit recueillir.

Eh! zon, zon, zon.

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Je préside à tous les banquets, A ma fête j'ai des bouquets.

Et l'on remplit ma tonne.

Mon évêque, triste et bigot.

Prétend que je sens le fagot;

Mais pour qu'un jour, mignonne, J'aille où les anges font leurs nids, Revoir tous ceux que j'ai bénis,

El) ! zon, zon, zon, Bdis8-moi, Suzon, Et ne damnons personne.

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