‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 88 sur 160 · MON ÂME · texte numérisé non relu

MON ÂME

Air des Scythes et des Amazones.

C'est à table, quand je m'enivre De gaieté, de vin et d'amoiir, Qu'incertain du temps qui va suivre, J'aime à prévoir mon dernier jour. (Bis.)

Il semble alors que mon àme me quitte.

Adieu! lui dis-je, à ce banquet joyeux :

Ah! sans rei,M-et, mon àme, partez vite; ) „.

En souriant remontez dans les cieux. | Remontez, remontez dans les cieux. {Bis.)

Vous prendrez la forme d'un ange ;

De l'air vous parcourrez les champs.

Votre joie, enfin sans mélange,

Vous dictera les plus doux chants.

L'aimable paix, que la terre a proscrite. Geindra de fleurs votre front radieux.

Ah! sans regret, mon àme, partez vite; En souriant remontez dans les cieux.

Remontez, remontez dans les cieux.

Vous avez vu tomber la gloire D'un Ilion trop insulté.

Qui prit l'autel de la Victoire Pour l'autel de la Liberté.

Vingt nations ont poussé de Thersite Jusqu'en nos murs le char injurieux.

Ah! sans regret, mon àme, partez vite; En souriant remontez dans les cieux.

Remontez, remontez dans les cieux.

Cherchez au-dessus des orages Tant de Français morts à propos, Qui, se dérobant aux outrages, Ont au ciel porté leurs drapeaux.

Pour conjurer la foudre qu'on irrite,

Unissez-vous à tous ces demi-dieux.

Ah! sans regret, mon àme, partez vite;

En souriant remontez dans les cieux.

Remontez, remontez dans les cieux.

La Liberté, vierge féconde,

Règne aux cieux, qui vous sont ouverts.

L'amour seul m'aidait en ce monde

A traîner de pénibles fers.

Mais, dès demain, je crains qu'il ne m'évite; Pauvre captif, demain je serai vieux.

Ah! sans regret, mon àme, partez vite; En souriant, remontez dans les cieux.

Remontez, remontez dans les cieux.

N'attendez plus, partez, mon âme, Doux rayon de l'astre éternel !

Mais passez des bras d'une femme Au sein d'un Dieu tout paternel.

L'aï pétille à défaut d'eau bénite;

De vrais amis viennent fermer mes yeux. Ah! sans regret, mon àme, partez vite; En souriant remontez dans les cieux.

Remontez, remontez dans les cieux.

LE JUGE DE CIIARElNTO^J'.

Air de la Codaqui.

Un maître fou qui, dit-on, Fit jadis mainte fredaine, Des loges de Charenton S'est enfui l'autre semaine.

Chez un juge qui griffonnait, Il arrive et prend simarre et bonnet.

Puis à Taudienco, hors d'haleine.

Il entre et soudain dit : Prechi! Prêcha!

Et patati, et patata.

Prêtons bien l'oreille à ce discours-là.

] . Il n'y a point de mauvais discours que ne puisse faire oublier une action généreuse ; et rien n'est plus honorable, selon moi, que la protection accordée à des infortunés placés sous le poids d'une accusation capitale. Aussi je n'aurais pas reproduit ici cette chanson, sans l'espèce de scandale que, lors de son apparition, elle causa jusque dans les deux Chambres. Mais je ne puis m'empêcher d'avouer que, si j'avais pu la condamner à l'oubli, qu'elle mérite sans doute, j'en aurais toujours regretté le dernier couplet. (Note de 1821 *.)

* A l'époque où cette note fut publiée, M. BclKart était encore pro- Ciircur jénérnl.

« L'Esprit-Sainl soutient ma voi\', a Et les accusés vont rire ; a Moi, l'interprète des lois, « J'en viens faire la satire.

« Nous les teftons d'un impudent « Qui, pour s'amuser, me fit président.

« J'ai longtemps vanté son empire, « Mais j'étais alors payé pour cela. »

Et patati, et patata Pouvait-on s'attendre à ce discours-la '?

« Le drame et Galimafré « Corrompent nos cuisinières.

'i En frac on voit un curé, « Et nos enfants ont trois pères.

« Le mariage est un loyer :

« On entre en octobre, on sort en janvier.

« Les cachemires adultères « Nous donnent la peste, et ma femme en a. »

Et patati, et patata.

Il a mis de tout dans ce discours-là.

« Pour débaucher un mari, « Que les filles ont d'adresse!

« Sous madame Dubarri « Elles allaient à confesse.

« Ahl qu'enfin (et le terme est clair) « L'épouse et l'époux ne soient qu'une chair;

cf Et vous, qui nous tentez sans cesse, « Filles, respectez l'habit que voilà. »

Et patati, et patata.

Rien n'est plus moral que ce discours-là.

« Mais, triste effet du typhus, (f Au lieu d'église on élève « Le temple du Dieu Plutus, « Qui sera beau s'il s'achève.

<f Partout régnent les intrigants; « On n'interdit plus les extravagants :

« Ce dernier point n'est pas un rêve, « Puisqu'en robe ici je dis tout cela. »

Et patati, et patata.

On trouve du bon dans ce discours-là.

Il poursuivait sur ce ton, Quand deux bisets, sous les armes.

Remènent à Cliarenton Cet orateur plein de charmes.

Néanmoins l'avocat Bêlant S'écrie : Ah! les fous ont bien du talent !

J'ai fait rire et verser des larmes; Mais je n'ai rien dit qui valût cela.

Et patati, et patata.

C'est moi qu'on silïlait dans ce discours-là.

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