‹ ŒuvresChapitre 108 sur 165 · LE CARDINAL ET LE CILVNSOMNIER · texte numérisé non relu

LE CARDINAL ET LE CILVNSOMNIER

Am : Je vais bientôt quitter l'empire. '

Quel beau mandement vous nous faites* ! Prélat, il me comble d'honneur!

Vous lisez donc mes chansonnettes?

Ah! je vous y prends, Monseigneur. [Bis.) Entre deux vins, souvent ma muse Perdit son manteau virginal. (Dis.)

Petit péché, si son ivresse amuse.

Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal? [Bis.)

Çà, que vous semble de Lisette, Qui dicta mes chants les plus doux?

1. En mars 1820, M. de Clermont-Tonncrre, archevêque de Toulouse, publia un mandement pour le carême, où, dans une attaque aux lumières du siècle, il faisait une longue sortie contre moi et mes chansDns, en félicitant toutefois les juges du châtiment qu'ils m'avaient infligé. C'est à la. Force que j'ai eu le plaisir de lire ce morceau d'éloquence trèscatholique, mais peu chrétienne.

En répondant à cette éminence, morte depuis, je n'ai oublié ni son grand âge ni sa position sociale.

M. de C'iermont-Tonnerre n'est pas le seul évêque qui m'ait honoré de son charitable souvenir; celui de Meaux, dans un mandement de même date, a lancé aussi contre moi les foudres de son éloquence, qui heureusement n'est pas celle de Bossuct.

Vous VOUS signez sous la barrette!

Lise a vieilli : rassurez-vous.

Des jésuites elle raiïole ^;

Et priant Dieu tant bien que mal, Pour leurs enfants Lise tient une école. Qu'en diles-vous, monsieur le cardinal?

A chaque vers patriotique^,

Je vous vois me faire un procès.

Tout prélat se croit hérétique

Qui chez nous a le cœur français.

Sans y moissonner, moi, pauvre homme,

J'aime avant tout le sol natal.

J'y tiens autant que vous tenez à Rome.

Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?

Puisque vous fredonnez mes rimes.

Vous, grand lévite ultramontain, N'y trouvez-vous pas des maximes Dignes du bon Samaritain^?

D'huile et de baume les mains pleines.

Il eût rougi d'aigrir le mal.

1. On sait combien M. de Clerm ont-Tonnerre tenait aux jésuites, et l'on connaît ses protestations contre les ordonnances relatives à l'instruction publique.

2. Le titre de poî-te national, qu'on veut bien me donner quelquefois, choquait particulièrement le prin.e de l'Église romaine.

3. Dans l'évangile du bon Samaritain, un prêtre et un lévite passent d'abord auprès de Thomme expirant, sans lui porter secours. Pourtant Jésus-Christ ne dit point qu'ils insultent à son malheur. Mais c'est un hérétique qui lave et panse les blessures du moribond.

DE UKRANCiER. 237

Ah! d'un captif il n'eût vu que les chaînes. Ou'en dites-vous, monsieur le cardinal?

I^nfin, avouez qu'en mon livre

Dieu brille à travers ma gaieté.

Je crois qu'il nous regarde vi\ re,

Qu'il a béni ma jiauvreté.

Sous les verrous sa voix m'inspire

Un appel à son tribunal.

Des grands du monde elle m'enseigne à rire. Qu'en dites -vous, monsieur le cardinal?

Au fond vous avez l'àme bonne.

Pardonnez à l'homme de bien,

Monseigneur, pour qu'il vous pardonne

Votre mandement peu chrétien.

Mais au conclave on met la nappe ^

Partez pour Rome à ce signal.

Le Saint-Hsprit fasse de vous un pape!

Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?

COUPLET

ÀiR : C'est le meilleur homme du monde.

J'ai suivi plus d'enterrements Que de noces et de baptêmes; J'ai distrait bien des cœurs aimants

1. Léon XII venait de mourir, le conclave s'assemblait, et Tarchevèque de Toulouse se mettait en route pour Rome.

Des maux qu'ils aggravaient eux-mème».

Mon Dieu, vous m'avez bien doté :

Je n'ai ni force ni sagesse;

Mais je possède une gaieté

Qui n'offense point la tristesse. {Dis.)

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