‹ ŒuvresChapitre 131 sur 165 · PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

PONIATOWSKI

Air des Trois couleurs.

Quoil vous fuyez, vous, les vainqueurs du monde! Devant Leipzig le sort s'est-il mépris?

Quoi! vous fuyez ! et ce fleuve qui gronde D'un pont qui saute emporte les débris!

1. Joseph Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne, né en 1766, servit glorieusement dans les armées françaises depuis 1806 jusqu'à 1813. Après la bataille de Leipzig, Napoléon l'éleva au grade de maréchal de l'Empire, et lui donna le commandement d'un corps de Polonais et do Fran-

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Soldats, cliovaux, pôle-mêle, et les armes : Tout loHibo là; l'FJsLor roule enti'avé. Il roule sourd aux vœux, aux cris, aux larmes : « Rien qu'une main (6i6'), Français, je suis sauvé! »

« Uion qu'une main! malheur à qui l'implore! Passons, passons. S'arrêter! et pour qui? » Pour un héros que le fleuve dévore :

Blessé trois fois, c'est Poniatowski.

Qu'importe ! on fuit. La frayeur rend barbare. A pas un cœur son cri n'est arrivé.

De son coursier le torrent le sépare : (( Rien qu'une main, Français, je suis sauvé ! »

Il va périr, non ; il lutte, il surnage ; Il se rattache aux longs crins du coursier. « Mourir noyé! dit-il, lorsc^u'au rivage J'entends le feu, je vois luire l'acier!

rais, à la tête duquel il fit des prodiges de valeur. Le 18 octobre, les ponts do l'Elster ayant été détruits pour couvrir notre retraite, Poniatowski, resté à l'arrière-garde et pressé do toutes parts par les troupes ennemies, rejette les propositions que leurs généraux lui font faire. Dangereusement blessé, il s'écrie : Dien m'a confié l'honneur des Polonais, je ne le' remettrai qu'à Dieu. Il tente de s'ouvrir un passage à travers le fleuve; mais, épuisé de sang et entraîné par les flots, il disparaît englouti. Ce n'est que quelques jours après que son corps fut trouvé sur les bords de l'Elster.

Cette chanson, celle de Jlàtons-nous, du 14 juillet 1829, et A mes amis deremis ministi'es, furent publiées en 1831, au profit du Comité polonais. Elles étaient précédées d'une dédicace au général La Fayette, président do ce Comité et premier grenadier de la garde nationale de Varsovie. Dans la dédicace, trop longue pour être rapportée ici, se trou-

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Frères, à moi! vous vantiez ma vaillance. Je vous chéris; mon sang l'a bien prouvé. Ah! qu'il m'en reste à verser pour la Franco! Rien ((u'uno main, Français, je suis sauvé! »

Point de secours ! et sa main défaillante Lâche son guide : adieu, Pologne, adieu! l\Iais un doux rêve, une image brillante, Dans son esprit descend du sein de Dieu. « Que vois-je? enfin, l'aigle blanc se réveille, Vole, combat, de sang russe abreuvé.

Un chant de gloire éclate à mon oreille. Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! »

Point de secours ! il n'est plus, et la rive Voit l'ennemi camper dans ses roseaux.

vaient deux couplets qu'on me saura gré peut-être de donner, parce qu'ils sont un hommage au héros des deux mondes :

Sa vie entière est comme un docte ouvrage,

l'ar la vertu transcrit, conçu, dicté,

La gloire y brille ; à chaque jour sa page,

Point d'errata ; tout pour la liberté.

De bien longtemps qu'à nos pleurs Dieu no livre.

Si plein qu'il soit, le chapitre dernier.

Et qu'un seul mot constate en ce beau livre

Que le grand homme aima le chansonnier.

Comme il s'agissait de solliciter des secours d'argent pour la Pologne, j'ajoutais, sur l'air de la Sainte-Alliance des peuples :

Le Polonais de son shako civique Ceint votre front, ce front que tant de fois Olmutz, Paris, PEurope et PAmérique Ont vu si calme intimider les rois.

Lor-sque je ciiante honneur, gloire, souffrance, Si dans les ca;urs ma voix trouve un écho, Pour recueillir l'obole do la Franco, Tendez votre sliako.

Ces temps sont loin, mais une voix plaintive Dans l'ombre encore appelle au fond des eaux; Et depuis peu (grand Dieu, fais qu'on me croie !) Jusques au ciel son cri s'est élevé.

Pourquoi ce cri que le ciel nous renvoie : « Rien qu'une main, Français, je suis sauvé ! »

C'est la Pologne et son peuple fidèle Qui tant de fois a pour nous combattu ; Elle se noie au sang qui coule d'elle, Sang qui s'épuise en gardant sa vertu.

Comme ce chef mort pour notre patrie, Corps en lambeaux dans l'Elster retrouvé, Au bord du gouffre un peuple entier nous crie : «Rien qu'une main (6is), Français, je suis sauvé! »

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