‹ ŒuvresChapitre 142 sur 165 · JACQUES · texte numérisé non relu

JACQUES

AïK de Jeannot et Colin.

Jacque. il me faut troubler ton somme.

Dans le village un ^ros huissier

Rôde et court, suivi du messier.

C'est pour l'impôt, las! mon pauvre homme.

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Regarde : le jour vient d'ëclore; Jamais si tard tu n'as dormi.

Pour vendre chez le vieux Rémi, On saisissiiil avant l'aurore.

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Pas un sou! Dieu! je crois lealendre.

Écoule les chiens abover.

DE H i; RANGER. 321

Doniandc un mois pour tout pa\er.

Ah! si le roi pouvait attendre I

Lève-toi, Jacques, lève-loi; Voici venir l'huissier du roi.

Pauvres gens! l'impôt nous dépouille!

Nous n'avons, accablés de maux, Pour nous, ton père et six marmots, Hien que la bêche et ma quenouille.

Lève-toi, Jacques, lève-loi; Voici venir l'huissier du roi.

On compte, avec celte masure.

Un quart d'arpent cher affermé.

Par la misère il est fumé; Il est moissonné par l'usure.

Lève-loi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Beaucoup de peine et peu de lucre.

Quand d'un porc aurons-nous la chair?

Tout ce qui nourrit est si cher!

Et le sel aussi, noire sucre!

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Du vin soutiendrait ton courage; Mais les droits l'ont bien renchéri.

Pour en boire un peu, mon cliéri, Vends mon anneau de mariage.

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Uôverais-tu que ton bon ange Te donne richesse et repos?

Que sont aux riches les impôts?

Quelques rats de j)lus dans leur grange.

Lève-loi, Jacques, lève-loi ; Voici venir l'huissier du roi.

11 entre! ô ciel! que dois-je craindre? Tu no dis mot! quelle pâleur!

Hier tu t'es plaint de ta douleur, Toi qui souffres tant sans te plaindre!

Lève-toi, Jacques, lève-loi; Voici monsieur l'huissier du roi.

Elle appelle en vain; il rend l'âme.

Pour qui s'épuise à travailler, La mort est un doux oreiller.

Bonnes gens, priez pour sa femme.

Lève-loi, Jacques, lève-toi; Voici monsieur l'huissier du roi.

DM lU'IU ANOUU. -A'i.i

LbiS OI»iAi\(iS-OlJTAN(;S.

AïK : Un ancioii provcnbc ikmis riit, on de C'alpigi.

Jadis, si Ton en croit Ksopo, Les oran.<^s-oii tanins de l'Europe l'arlaienL si bien, que d'eux, liélas!

Nous sont venus les avocats.

Un des leurs à son auditoire Oit un jour : « Consultez l'histoire ; . Messieurs, Thomme fut en tout temps Le singe des orangs-oulan^s.

« Oui; d'abord, vivant de nos miettes, Il prit de nous l'art des cueillettes; Puis, d'après nous, le genre humain Marcha droit, la canne à la main.

Même avec le ciel, qui l'effraie, Il use de notre monnaie.

Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.

(( Il prend nos amours pour modèles; Mais nos guenons nous sont fidèles.

Sans doute il n'a bien imité Que notre cynisme effronté.

C'est chez nous qu'à vivre sans gêne S'instruisit le grand Diogène.

Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.

« L'homme a vu chez nous une armée, D'un centre et d'ailes bien formée, Ayant, sous les chefs les meilleurs, Garde, avant-garde et tirailleurs.

Ils n'avaient pas mis Troie en cendre, Que nous comptions vingt Alexandre.

Messieurs, l'homme fut en tout t(Mn[).s Le singe des orangs-outangs.

« Avec bâton, épée ou lance, Tuer est l'art par excellence.

Nous l'enseignons. Or, dites-moi, l*ourquoi l'homme est-il notre roi?

Grands dieux! c'est fait pour rendre impie Votre image est notre copie.

Oui, dieux, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs. »

Quoi! dit Jupin, à mes oreilles.

Toujours singes, castors, abeilles, Crieront : C'est un ours mal léché.

Votre homme! où l'avoz-vous péché?

Tout sot ([u'il est, il me cajole.

Otons aux bêles la parole; Car rhonime encor sera longtemps Le singe dos orangs-outangs.

DM Hl". UANGKU. 32ô

Page 1