‹ ŒuvresChapitre 144 sur 165 · SUR LA M 0 K T DES JEUNES VICTOR ESCOUSSE ET AUGUSTE LEBRAS · texte numérisé non relu

SUR LA M 0 K T DES JEUNES VICTOR ESCOUSSE ET AUGUSTE LEBRAS

Air d'Angéline ^dc Wilhemi oit du Tailleur et la Fée.

Quoi! morts tous deux, dans cetle chambre close, Où du charbon pèse encor la vapeur!

Leur vie, hélas! était à peine éclose.

Suicide affreux! trisle objet de stupeur! Ils auront dit : Le monde fait naufrage :

1. J'ai connu ces deux jeunes gens, dont la fin a été si déplorable. Lebras m'avait adrossé quelques pièces de vers patriotiques. Si constitution était faible et maladive, mais tout annonçait tn lui un cœur liotinite et bon. Malgré l'accueil que je lui fis à l(( Force, où il vint me voir, il cessa de me visiter après ma sortie. Je n'en i)uis donc dire que fort peu de cho>e. J'ai bien mieu.v connu Escousse. C'est à la Force aussi qu'il vint me trouver, en m'apportant une fort jolie chanson que ma détention lui avait insp rée. Alors et depuis je lui prodiguai les marques du plus vif intérêt e1 les conseils de l'expérience. Peu de jeunes auteurs m'ont fait concevoir une meilleure idée de leur avenir, moins par ses essais que par le jugement qu'avec tant de candeur il en portait lui-méxo. Lois du succès de Fanicit la Maure, il

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Voyez pâlir |)ilolo o( inalolots. Vieux. bâtiment usé par Ions l(\s flots, Il s'eniiloiilif ; sauvons-nous à la nai^e. Ft, vers le ciel se frayani un eliemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! l'écho murmure encore L'air (jui berça votre premier sommeil.

Si quelque brume obscurcit votre aurore, Leur disait-on, attendez le soleil.

Ils répondaient : Qu'importe que la sève Monte enrichir les champs où nous passonsl Nous n'avons rien: arbres, fleurs ni moissons. Est-ce pour nous que le soleil se lève?

m'écrivit : Je me souviens (h ce que voiis m'avez dit; ne craignez rien. Mon triomphe ne vt'a pas eniv)é. J'en ni été étourdi tout au plus cinq mi)iules.

Son mallieur fut celai qui menace plus ou moins aujourd'hui beaucoup d'hommes de son âge, dans l'espèce de serre chaude où nous vivons, l.a raison d'Escousse avait acquis une trop prompte maturité. Une tête ainsi faite sur un corps d'enfant n'est propre qu'à flétrir la jeunesse, quand cette précocité n'est pas le rare effet d'une organisation particulière. Elle produit un besoin de porfcction qui, ne sachant à quoi se prendre, désenchante la vie à son plus bel âge. Je n'attribue qu'à une sorte de découragement la funeste résolution de ce malheureux et intéressant jeune homme. Il y eut aussi fatalité pour Lebras et pour lui à s'être rencontrés avec des dispositions semblables. Loin l'un de l'autre, peutêtre tous deux se fussent-ils soumis à leur destinée, qu'ils s'encouragèrent à terminer violemment.

Une feuille publique a acf.usé Escousse d'incrédulité absolue. Pour repousser cette accusation, je me crois obligé de cit r les derniers mots de la lettre qu'il m'écrivit quelques heures avant l'exécution de .«-on déplorable dessein : Vous m'avez roiinn, liera i'(/er : Dieu me permetira-t-il de voir

:i30 CHANSONS

El, vers le ciel se frayant un chemin, Us sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! calomnier la viel C'est par dépit que les vieillards le font. Est-il de coupe où votre âme ravie En la vidant n'ait vu l'amour au fond? Us répondaient : C'est le rêve d'un ange. L'amour 1 en vain notre voix l'a chanté. De tout son culte un hôtel est resté; Y touchions-nous, l'idole était de fange. Et, vers le ciel se frayant un chemin. Us sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! mais, les plumes venues, xVigles un jour, vous pouviez, loin du nid,

cla coin de l'œil la place qu'il voxis 7'êserve la-haut? ■ Outre les drames de Farucli et de Pie^'re III, Escousse a laissé des chansons d'un style un peu négligé, sans doute, mais empreintes des nobles sentiments et des pensées généreuses qui inspirèrent quelques actions de sa trop courte carrière.

On m'a raconté que, sur le point d'être surpris avec une personne que sa présence pouvait compromettre, il se précipita d'un second étage dans une cour pavée. Son dévouement lui porta bonheur; il n'en résulta pour lui ni blessure ni contusion.

Eu 1830, le 28 juillet, il se rendit de grand matin à la place de Grève, y combattit tout le jour, toute la nuit, et se trouva le lendemain à la prise du Louvre et des Tuileries. Après la victoire du peuple, Escousse ne dit mot des dangers qu'il avait courus, et quoiqu'il fût pauvre et sans appui, ne voulut jamais adresser de demande d'aucun genre à la Commission des récompenses nationales.

Et c'est à dix-neuf ans qu'il a volontairement mis fm à une existence qui promettait d'être si belle et si féconde!

DE BMKANGER. 831

Bravant la foudre cl dépassant les nues, La gloire on lace, allcindro à son zénith. Ils repondaient: Le laurier devient cendre, Cendre qu'au vont Plinvie aime à jeier; I']t, noiro vol dùl-il si haut monler, Toujours (lu ciel il faudra redescendre. Et, vers le ciel se frayant un chemin. Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! quelle douleur amère N'apaisent pas de saints devoirs remplis? Dans la patrie on retrouve une mère, Ht son drapeau nous couvre de ses plis. Ils répondaient : Ce drapeau qu'on escorte Au toit du chef le protège endormi; Mais le soldat, teint du sang ennemi.

Veille, et de faim meurt en gardant la porte. Et, vers le ciel se frayant un chemin. Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! de fantômes funèbres Quelque nourrice a peuplé vos esprits.

Mais un Dieu brille à travers nos ténèbres; Sa voix de père a dû calmer vos cris. Ali! disaient-ils, suivons ce trait de flamme. N'attendons pas, Dieu, que ton nom puissant, Qu'on jette en l'air comme un nom de passant, Soit, lettre à lettre, efTacé de notre âme. Et, vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Dieu créateur, pardonne à leur démence.

Ils s'étaient faits les échos de leurs sons;

Ne sachant pas qu'en une chaîne innn^.enso,

Non pour nous seuls, mais pour tous nous naissons.

L'humanilë manque de ?ainls apolros

Qui leur aient dit: Enfants, suivez sa loi.

Aimer, aimor, c'est être utile à soi:

Se faire aimer, c'est être utile aux autres.

Et, vers le ciel ?e frayant un chemin,

Ils sont paitis en se donnant la main.

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