‹ ŒuvresChapitre 24 sur 165 · LA CANTHARIDE OU LE PHILTRE · texte numérisé non relu

LA CANTHARIDE OU LE PHILTRE

AïK des Comédiens.

Meurs, il le faut; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants à la volupté chers!

Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

« Clara », m'a dit cette femme si vieille Qui chaque jour pleure encor son printemps, « Quoi I votre joue est déjà moins vermeille! Vous languissez, et n'avez que vingt ans!

« Un père altier, que seul l'intérêt touche. Vous a jetée au lit d'un vieil époux.

L'espoir en vain sourit sur votre bouche; L'hymen l'effleure, et s'endort près de vous.

« A votre abord naît la froide risée.

L'Amour se dit : On m'a fait un larcin;

Mais cette terre a des nuits sans rosée, Et d'aucun fruit ne parera son sein.

« Trompez l'Amour, croyez-en ma sagesse; Qu'un pliillre heureux, par vos mains préparé. De votre époux rallumant la jeunesse, Donne à la vôtre un fils tant désiré. »

La vieille, alors, baissant sa voix tremblante. M'enseigne l'art de ce philtre charmant. J'allais, sans elle, en ma fièvre brûlante, Maudire époux, père, autel et serment.

Mais, vers ce frêne accourant dès l'aurore, Dans ses rameaux j'ai su glisser ma main. La canLharide y reposait encore :

Heureuse aussi, je dormirai demain.

Meurs, il le faut ; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants à la volupté cliers ! Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

Mes jours, mes nuits, ma vie, étaient sans charmes ; Je répugnais à d'innocents plaisirs.

Tout bas ma bouche, insultant à mes larmes. Osait donner un nom à mes désirs.

Mon cœur brûlait; hélas! il brûle encore. Jamais breuvage aura-t-il cette ardeur Qui dans mon sang circule, me dévore, Et d'un long trouble accable ma pudeur?

DE ni;uA N(; HU. 55

Pèro cruel! il fallait do ta fillo Aux murs d'un cloîtro ensevelir les jours. Là Dieu du moins nous crée une famille, Là son amour eleinl tous les amours.

Où donc est-il, l'époux que ma jeunesse Avait rêvé jeune, beau, caressant?

Entre mes hras ma i)udiqiio tendresse Eût été seule un philtre assez puissant.

De mon hymen, oui, la froideur me tue. D'un plaisir chaste allumons le flambeau : Ah! cessons d'ôtre une vainc statue.

Dont un mari décore son tombeau.

La tendre vieille a dit : « Soyez docile, Et dès demain renaîtront vos couleurs; Demain moi-même au seuil do votre asile Je suspendrai deux couronnes de fleurs. »

Meurs, il le faut; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants à la volupté chers ! Hends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

LE TOURNEBROGHE.

Air : Le bruit des roulettes gâte tout.

Du dîner j'aime fort la cloche, Mais on la sonne en peu d'endroits;

Plus qu'elle aussi le tournebrocho A nos hommages a des droits.

Combien d'ennemis il rapproche Chez le prince et chez le bourgeois !

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

Qu'on reprenne sur la musique Les querelles du temps passé; Que par l'Amphion italique Le grand Mozart soit terrassé ; Je ne tiens qu'au refrain bachique Par le tournebroche annoncé.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

Lorsque la Fortune à sa roue Attache mille ambitieux, Les précipite dans la boue Ou les. élève jusqu'aux cieux, C'est la broche, moi, je l'avoue, Dont la roue attire mes yeux.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

Une montre, admirable ouvrage.

Des heures décrivant le cours, Règle, sans en charmer l'usage.

Le cercle borné de nos jours; Le tournebroche a l'avantage D'embellir des instants trop courts.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôlis.

DE m; RANGER. 67

Ce meuble, suivant maint vieux conte,

A man(jué seul à VÀtj^o d'or ;

C'est l'Amilié (jui, pour son compte,

Dut en inventer le ressort.

Vivent ceux que sa main remonte !

Mais i^'loire à celui du Trésor!

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

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