LIVRE QUATRIEME
« plus faciles, Thomme doit s'assujettir la terre. Parmi "Cette multitude confuse, née fortuitement d'une « honteuse promiscuité, toi seul, OEa^yrius, as connu « celui c[ui fut ton père. Tharops a quitté la vie, mais «je t'apprendrai où fjît sa dépouille mortelle. Bac- " chus, dont il lui a été donné de connaître quel- «ques révélations, Bacchus a pris soin de le faire « ensevelir par ses Ménades. Avant toutes choses , tu « élèveras un tombeau solennel à celui par qui tu «jouis de la lumière du jour. Toutefois, ajoutait-il , « ce n'est pas le bonheur que j'apporte aux hommes , «c'est la puissance du pro{>rès. Au reste, qu'im- « porte que l'homme soit heureux, pourvu qu'il soit '< grand?
« Fils vaillant de Tharops, je dois te l'apprendre « pour ton instruction , j'ai voyagé dans les royau- « mes de la solitude, dans les lieux où l'homme, «avant moi, n'avait jamais imprimé ses pas. ,1'ai « traversé des forêts immenses dont les animaux « sont en pleine possession , sans doute depuis l'ori- « gine du monde. Oui , la terre , il est permis de '< le croire d'après d'irrécusables témoignages , la « terre , "durant bien des siècles , fut tout entière « habitée par les animaux : alors c'était vraiment '< une vaste solitude, puisque l'homme n'y était pas ; « c'est sur les animaux muets que l'homme, doué < de la parole, a dû conquérir son domaine.
224 oniMiKE.
« Ainsi , (^E;i{;iius, j ai voulu savoir ce ({notait la a (Cire lorsîjnc Ihoinnic ne ri)al)ilait j)as (încore, « lorsijn il ne l'avait pas encore iaçonnée à ses be- « soins.
«Sitôt (jue riioninie, a peine sorti de la pensée «de Dieu, a voulu visiter l'enipirc qui lui a été «donne, sitôt (jn'il a voulu faire pénétrer la in- « niicre du jour dans une ibrêt, asile de ranti([ne « obscurité , tons les .frénies de Tair, du sol , de l'eau , « des éléments , se sont conjurés pour résister à « l'audace de l'honiine naissant.
« Mais le décret divin était rendu.
«Crois-tn, OEa^rrins, que riiomnie ait été placé «debout sur la terre, seulement pour faire fuir «"les animaux devant lui, pour essarter pénible- « ment les vastes forets? Non , c'est pour qu'il y eût «un contenq)lateur des merveilles de la nature, « cest pour qu'il y eût une intellifjence (|ui comprit « ces merveilles. Enfin si T3ieu a fait sortir l'homme « de sa pensée, c'est pour avoir un adorateur.
«Il faut donc (jue rhomrae adore les dieux, s'il « veut accomplir sa destinée.
« Les bienfaits des dieux à fégard de l'homme « sont donc au prix de ses sueurs et de sa reconnais- « sance.
« Achevons notie conquête sur la solitude; mais « tous les animaux ne doivent pas fuir la présence