LIVRE V. 20I
misère. De noirs pressentiments venaient aj^iter leurs âmes. Isméne sur-tout succombait à la douleur, et elle s'étonnait toujours de plus en plus du courage de la pieuse Antigone. Elle lui demandait, avec larmes, quel appui leur restait. « Hélas! disait- «elle, qu avons-nous à foire dans de si grandes «calamités? Que peuvent deux vierges timides? " Étéocle pourrait peut-être nous faire sortir de "Tlièbes; nous nous réfugierions à Athènes. Cette " ville a voulu rester étrangère à la guerre : son « prince, le vaillant Thésée, vous a déjà reçue à sa «cour, ô ma sœur! il ne craindra pas d'accueillir « les deux filles d'OEdipe. »
«Isméne, lui répondait Antigone, nous devons « nous abandonner à la clémence des Dieux immor- « tels. Pourquoi irions-nous chercher ailleurs le « repos qui fuit tous les nôtres? C'est sur-tout dans « les dangers que nous devons être fidèles à la pa- « trie. Les épouses et les mères restent pour soigner « ceux qui partagent leur couche ou qui leur doi- « vent le jour; elles restent pour apprêter le repas, « pour laver les blessures, hélas! et pour ensevelir " les morts. Ainsi les femmes d'Argos remplissent la « tente du vénérable Adraste. Quant aux vierges , « elles demeurent sous la protection des Dieux do- «mestiques; elles demeurent pour préparer les «choses nécessaires aux blessés, ou pour veiller
un ANTIGONE.
«dans les temples des Dieux immortels, et tâcher «< de fléchir leur courroux. »
« Save/--vous, disait Isméiie, quels maux la guerre " traîne après elle? Savez-vous les dangers que " couit une vierge solitaire et délaissée? Les épouses, «'du moins, ont un motif; et d ailleurs elles sont « protégées par leurs époux. »
« Ma sœur, répondait encore Antigone, les Dieux «' veillent sur linnoccncc. »
« Je n'ai pas assez de force, reprenait Ismène, je « n'ai pas assez de force pour les circonstances af- « freuses où nous nous trouvons. Comme le héros « cherche les dangers, comme l'aigle place son aire «sur les rocs escarpés, ou s'élève dans la région " des orages, toi, ma sœui', tu sais t'imposcr de ri- '< goureux devoirs; tu ne connais (juc les hautes « pensées, ton ame ne sait exister (ju'au milieu des '«dévouements et des sacrifices. Ah! du moins, " prends pitié de ma faihlesse; permets-moi d'espé- «< rer. Hélas! tous mes vœux étaient si faciles à ac- '< complir, que je les forme encore au-dcdaus de '( moi avec quelque confiance. 11 me scnihle <{ue les '< Dieux ne peuvent pas refuser de m accorder le « j>eu que je leur demande. Le honhcur le plus «simple, la condition la plus modeste est ce (|ui .' me convient. J'aime par-dessus tout la douce des- " (iiKc; (le la colomhc, qui vit cachée an Innd des