‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 88 sur 184 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

lonj^i^é, qui semblait sortir de tous les monuments de Thébes : on avait même vu l'ombre d'OEdijDe errante au sein des ténèbres ; à-la-fois suppliante et implacable, elle criait grâce et vengeance: d'autres disent que , dans le temple de Pallas , le visage de l'auguste Déesse avait été inondé de sueur. Les prêtres, saisis de frayeur, abandonnaient les autels, où ils ne trouvaient que des signes menaçants. Les vigoureux taureaux, sur le point d'être immolés aux Dieux protecteurs de la patrie, s'échappaient; et la foule épouvantée s'ouvrait devant eux , car on croyait qu'il sortait de la flamme de leurs naseaux fumants. Les femmes se répandaient dans les rues et sur les places publiques , en poussant des hurlements affreux,

« Enfin , la victoire s'est déclarée pour les Thébains. La ville de Gadmus est insensible à un triomphe si chèrement acheté. Elle reste plongée dans la consternation, comme le camp des Argiens. Et qui pourrait dire le désespoir d'Antigone et d'Ismène?

« Hémon souffrait moins des cruelles blessures dont il était couvert que des maux sans nombre qui accablaient l'héritage malheureux d'OEdipe. 11 apprend, avec une douleur sans égale, la fin déplorable d'Étéocle et de Polynice; et la joie impie que Gréon dissimulait mal faisait éprouver déjà mille tourments à son noble fils.

" Mnis où trouvorni-jc la Force pour finir ce récif ? Famille de Priam, soiillre/ <|iic je m arrête; et l(ti. ma iille, si tant de tristes souvenirs te laissent encore quelque couraj^e, j)rends tii lyre, je t'en conjure; jamais je nens plus besoin de la douceur de tes chants j)our ramener le calme dans mon anie. »

Ainsi parla le vieillard; et Dapliné, essuyant ses yeux, choisit des chants (|ui pussent à-la-fois apporter quehjue soulagement à l'amer chafjrin de son père, et offrir à ses hôtes une heureuse distraction. Elle pei^ynit , avec des sons pleins de tristesse et dharmonic, le léj^islateur de la Thrace descendant sur les sombres bords pour redemander son cj)onse (pii lui fut si crucllcnient ravie. I^a voix de 1 aimable vierge rappelait en ce moment ces accents merveilleux qui fléchirent jadis le Dieu de l'empire des ombres, qui eurent le pouvoir de suspendre les tourments des lamentables habitants de TErébe. La prêtresse d'Apollon préparait ainsi famé de ses auditeurs, et se préparait elle-même aux tristes funérailles d Antigone , à l'hymen funèbre de la viei{;c magnanime. F^es larmes coulaient en abondance de (oiis \vs yeux; <ît Daj)h né arrosait de ses pleurs sa lyie détendue, (pii bientôt resta muette.

IIN Dr IIVUK C'.JiXQUlKMi;.

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