LIVRE I
« certains sur tant d'aventures lamentables. Sans « cloute vous en fûtes témoin : daijjnez donc nous « instruire de la vérité; et sur-tout, ô vieillard! par- « lez-nous de cette jeune Antigone, si douce, si dé- « vouée , dont le nom est devenu le nom même de '( la piété filiale. »
« Grand roi , répondit Tirésias , mes yeux , avant « detre privés de la lumière du soleil, ont vu bien « des malheurs; et, depuis que je ne jouis plus de « la douce clarté du jour, j'ai ouï le récit de bien "grandes adversités; mais je ne vis et n'entendis "jamais des infortunes pareilles aux infortunes qui « ont accablé l'illustre maison de Labdacus. Gepen- « dant, ô Priam! quelle que soit l'amertume de ces «tristes souvenirs, je cède à votre prière. Je pein- « drai les maux qui ont accablé ma patrie; je vous " raconterai les malheurs d'OEdipe et de ses cou- « pables fils; je vous raconterai aussi les vertus et le " généreux dévouement d' Antigone. Oui , je vous " entretiendrai du courage de cette vierge magnart nime, et de ses sentiments élevés, auxquels l'ad- " versité donnait une force nouvelle. Vous la suivrez « dans l'exil qu'elle partagea avec son père, le plus " misérable des hommes; dans ses voyages, comme "Suppliante; enfin je vous dirai sa mort prématu- "rée, dernier sacrifice qui couronne tous les au- " très. Sans doute il me sera pénible de retracer tant
«de scènes cruelles; mais, du moins, la pensée « d'Anti};onc viendra adoucir mes douleurs, et « répandra (pielquc charme sur mes funestes ré- « cits. »
" Antigfone fut la compagne de Daphné; toutes les deux avaient été initiées de bonne heure aux aimables mystères des Muses. Elles ont passé ensemble les années de leur enfance à tresser des couronnes de fleurs sur les bords de la fontaine Castidie, et à parer les autels d'Apollon. Antigone, à cet heureux âge de la>vie, paraissait être ou Tune des chastes nymphes du Permesse, ou l'une de ces jeunes déités à qui la ville d'Orchomène venait d'élever des autels. Je ne sais quoi d'au-dessus de la nature humaine était dans ses re(jards modestes; et des paroles touchantes semblaient toujours près d'éclore sur ses lèvres. Son silence était plein de charme; mais rien n'égalait l'impression que produisait le son de sa voix. Tous disaient avec enchantement: "Heureux «le père qui la voit croître dans son palais! plus « heureuse la mère qui lui donna le jour! et mille « fois heureux celui qui pourra la saluer du nom « de son épouse! » Antigone employait ses innocents loisirs à célébrer les louanges des Dieux iinniortels? les récompenses qui attendent la vtMtu dans une vie meilleure, les arts consolateurs accordés à