DEUXIÈME PARTIE
< jui en est le résultat. Ce qui prouve, au reste, l'incertitude des idées lorsque le fil des traditions est rompu, c'est qu'on trouve en même temps dans Horace aussi bien que dans Lucrèce l'âge d'or et le mutiim et turjie vécus qui a servi de point de départ à Vico. Platon, lorsqu'il plane également sur la fable et sur l'histoire, nous offre de graves sujets de méditation à cet égard. Ainsi les premiers hommes, qui ont suivi la grande catastrophe, errants, isolés, n'auraient multiplié que par hasard, par un hasard quelquefois assez rare; le mariage lui-même serait un fruit de la législation , non seulement sous le rapport de l'ordre et de la sainteté, mais même sous le rapport naturel. J'ai dû, au reste, dans le livre de la Samothrace , ne pas oublier cette terrible antipathie pour la société conjugale. Plus tard au contraire les hommes ont colorié de toute la force de leur imagination le penchant des deux sexes l'un pour l'autre. Ils ont d'abord voulu l'encourager, et je pourrais en apporter des preuves qui feraient rougir la pudeur; ensuite ils en ont fait la source des plus doux sentiments. L'amour en est résulté, l'amour tel que nous le connaissons, tel qu'il est peint dans nos poètes ; mais aussi l'amour qui , dans une plus haute sphère , est une des grandes puissances de la nature et de lame.
La secte d'Epicure avait vivement accepté la fie-
tion de l'âge d'or; par la même raison, des philosophes du siècle dernier ont voulu faire une peinture séduisante de ce qu'ils ont appelé l'état de nature. L'erreur des uns et des autres est absolument semblable.
Voici donc ce qui me paraît être la vérité : L'homme est tenu de s'approprier la terre, puis de se faire lui-même; son développement est un travail sans relâche et sans repos; son initiation a commence parle degré le plus infime; mais je dois me hâter de répéter que les traditions dépositaires d'une révélation primitive n'ont été nulle part entièrement abolies; que le souvenir, plus ou moins altéré, s'en est réveillé lorsqu'il a été temps; que c'est ce qui explique les missions divines chez les Gentils , comme par exemple celle d'Orphée ; enfin que Dieu n'a jamais détourné sa face de son ouvrage, et qu il a seulement voulu que l'homme méritât, soit l'amélioration de ses destinées, soit sa réhabilitation , soit sa gloire immortelle.
Les catastrophes physiques du globe, dont on trouve tant de monuments de différents genres, imprimèrent sans doute dans le cerveau des hommes qui en furent témoins , et qui leur survécurent , une sorte de désordre intime qui se perpétua longtemps par la voie de la génération. De là les fables monstrueuses (pie Ion trouve toujours près de ces