DEUXIÈME PARTIE
croyances, où une partie des hommes vit encore dans le passé , pendant que l'autre s'avance vers l'avenir. J'ai dit à dessein croyances sociales; car, pour les croyances religieuses, j'en ai la confiance, elles ne peuvent quetre affermies. Toute ma pensée finira par se développer.
Et remarquez bien ceci , qui est le caractère propre des époques palingénésiques : tantôt ce sont des signes dans le ciel, tantôt ce sont des voyants, qui sont en sympathie avec le siècle futur. Un vif sentiment de ce qui est donne le sentiment de ce qui sera, comme la pensée, si elle pouvait être rendue intelligible avant d'être manifestée par la parole. Il y a des hommes en avant du siècle, il en est même qui sont en avant de l'existence actuelle, et qui participent déjà de l'existence future. Les initiations sont successives. L'homme en qui existe cette faculté de l'avenir est introduit plus tôt dans le siècle futur, ou même dans la vie à venir. C'est, comme nous l'avons dit, l'homme dispensé d'un grade ou dune épreuve, dans la cérémonie emblématique de l'initiation. Cette faculté de voir ce qui sera dans ce qui est fut toujours un moyen d'avancement pour tous, car toujours ceux en qui réside cette faculté sont tenus de parler aux autres ; c'est donc une sorte de demi-révélation , que la Providence répartit avec mesure , et qui fait
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aussi marcher les hommes sans attenter à leur liberté. Toutes les destinées humaines sont analogues entre elles. Chaque homme a un but à atteindre. Selon que chacun est plus ou moins élevé, chacun a un but différent. Ce qui est ordonné à chacun, ce n'est pas d'atteindre le but qui ne lui apparaît pas, c'est d'atteindre le but qui lui apparaît. Sur cette terre, et dès à présent, il est évident qu'il y a une hiérarchie d'esprits humains, qui se prolonge au-delà de cette vie; mais tous arrivent, les uns plus tôt, les autres plus tard. Nous sommes tous appelés au même héritage. Ce qui s'est passé à l'égard des sociétés est un emblème de ma pensée. Il y a aussi une sorte de seconde vue pour le monde des intelligences.
A ces époques de fin et de renouvellement surviennent ou se réveillent les traditions apocalyptiques, lesquelles sont toujours la prévision d'un triste dénouement pour un drame si tristement commencé , lorsqu'on ne le considère que , comme Boulanger, dans la sphère de l'histoire, ou, comme lord Byron , dans la sphère de la poésie, mais lorsqu'on le considère dépouillé d'espérances immortelles; alors naissent les prédictions sur la fin des temps, sur la conflagration de notre pauvre planète rejetée dans l'immensité de l'espace, comme un charbon éteint. Nous n'avons pas été exempts