DEUXIEME PARTIE
rétrograder les sociétés humaines dont il était le plus éclatant produit. Bonaparte a légué au monde cet esprit de retardement qui ne meurt jamais , contre lequel l'homme doit perpétuellement combattre, sans prendre aucun repos, comme il doit perpétuellement combattre contre les forces de la nature, et toujours sans prendre aucun repos. Sitôt qu'un homme se décourage dans les épreuves de l'initiation , il s'affaisse dans sa propre misère, il se complaît dans son abrutissement, il cesse en quelque sorte d'être une créature humaine: il en est ainsi d'une nation.
Bonaparte ne fonda pas dans l'avenir, et le présent lui est échappé. Grande leçon! Il a disparu seul. Il a brillé un instant comme un météore étranger à notre système social. Nul peuple ne dit : C'est sa pensée sympathique qui nous gouverne.
Les souverains n'ont secoué le joug de Bonaparte qu'en affranchissant les peuples, ou en promettant de les affranchir, ou enfin en reconnaissant l'émancipation de ceux qui s'étaient trouvés dans des circonstances telles , qu'ils s'étaient affranchis par le fait. Les peuples ont plus qu'on ne croit l'instinct de la conservation , mais c'est toujours par la voie de la liberté. L'ordre est un besoin des peuples, et ils ne peuvent manquer de satisfaire à ce besoin, lorsqu'on les laisse accomplir une révolution de-
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venue nécessaire, sans la contrarier en ce quelle a d'utile et de bon. Les princes ne savent pas prévenir une révolution, parcequ'ils ont perdu la faculté d'instituer. Voyons - nous en effet à présent des [•rinces faire des peuples? N'oublions pas ceci pour la suite; il n'est pas temps encore de s'arrêter sur cette considération, qui est cependant d'une si grande importance.
Reportons notre pensée sur les circonstances qui ont servi à l'affranchissement graduel des peuples modernes. Le bienfait des croisades fut loin d'être prévu; mais les communes étaient fondées, et le bienfait subsista : d'ailleurs les classes privilégiées donnaient trop d'inquiétude au pouvoir. Bonaparte une fois renversé, le bienfait n'a pas subsisté, parceque rien n'a été fondé. Les souverains de l'Europe ne parviendront à civiliser l'Asie qu'en affranchissant leurs propres peuples.
Depuis l'éuMncipation par le christianisme, le génie de l'avancement est disséminé dans le monde; mais il y est répandu parmi une multitude qui est désarmée. Le génie du retardement, au contraire, est concentré dans le petit nombre, mais dans le petit nombre armé de la puissance sociale , de la force d'organisation. A l'origine des sociétés humai-