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PREMIÈRE PARTIE

par l'histoire romaine, la seule qui ait réellement des documents certains de ses premiers temps. La loi des XII Tables exclut formellement les plébéiens du droit des auspices, privation qui entraînait nécessairement celle des noces religieuses, et sans doute celle des noces légales. Nous mettrons plus tard hors de toute contestation ce fait fondamental de lhistoire romaine, qui est aussi le fait fondamental de toutes les autres histoires. C'est ce droit civil que l'Évangile a aboli , aboli à jamais , en établissant légalité religieuse; carde l'égalité religieuse à l'égalité civile, il n'y a que la conséquence à tirer.

Faisons une autre remarque non moins importante.

Jadis les vaincus perdaient leurs dieux. Par cela seul qu'il a donné à tous le même dieu , le christianisme a fondé un autre droit des gens.

Les inégalités, l'esclavage, le droit de guerre, le droit de vie et de mort, tout était fondé sur la religion : je ne veux pas pour le moment entrer dans les détails; souvenez -vous seulement des hérauts, des auspices, des obsécrations , des formules antiques de jugement, toutes choses de l'ordre politique et civil , et qui se trouvent dans les rituels religieux.

Il y a donc un droit public tout entier, qui a été frappé de mort par le christianisme, et qu'on

f>> PALINGÉNÏvSIE SOCIALE.

ne peut ressusciter sans abolit* le christianisme luimême.

Il ne faut pas que l'on s'y trompe, et il est temps (piécette vérité retentisse dans le monde, le christianisme, loi si parfaite de l'humanité religieuse, est éminemment antipathique à la loi initiatrice de la théocratie. J'aurai même occasion d'établir que les institutions juives furent une première lutte contre ce redoutable pouvoir; mais toujours l'empire de la Providence divine reste immuable.

Pour rappeler ce qui vient d'être dit, il serait donc aussi permis d'affirmer que le christianisme a été l'initiation du genre humain , comme la loi de Moïse avait été , pour l'enseignement préparatoire, l'initiation d'un seul peuple, mais d'un peuple tout entier.

La hiérarchie des castes est sans objet, puisque désormais tous sont appelés au même genre d'épreuves.

Sitôt que l'inégalité cesse d'être religieuse, elle n'a plus de base réelle, car l'homme n'aurait pu l'inventer, et il ne pourrait lui prêter l'appui de son assentiment volontaire et raisonné.

La loi des castes a été abolie par Jésus-Christ , puisqu'il venait donner à tous également la loi morale et la confraternité du même culte.

PRÈMtÊïtÊ PARTIE. 63

Le présent raconte le passé, et le passe raconte l'avenir. On conçoit qu'à l'égard de Dieu tous les temps sont contemporains ; la prescience n'est autre chose que l'infinie contemplation de l'éternité. L'immensité de l'espace est un symbole merveilleux de cette toute vue intellectuelle pour qui la succession n'existe pas. Ainsi nos yeux découvrent au loin , dans les brillants abymes du ciel , une étoile fixe qui nous paraît immobile; elle nous paraît immobile parcequ'elle se meut dans une sphère incommensurable pour nos yeux. Ce clou d'or que nous nommons Sirius, nous savons que c'est un soleil mille fois plus grand que le nôtre ; et toutefois ce qui est pour nos organes un clou d'or, pour notre science un vaste soleil , qu'est-il dans la réalité? Il est ce que nos sens le voient, un clou d'or, mais un clou d'or qui étincelle, avec des myriades d'autres clous d'or inaperçus par nous et dans une symétrie impossible à comprendre, sur le marchepied du trône éternel.

Il y a soixante ans que Charles Bonnet admettait « un parallélisme parfait entre le système astrono- « mique et le système organique; entre les divers « états de la terre, considérée comme planète ou «comme monde, et les divers états des êtres qui « devaient peupler ce inonde. »

Ce peu de mots de celui quej'ai appelé le bramine

de l'histoire naturelle est l'éclair du génie qui prévoit une science future. En effet, n'est-ce pas là le point de départ de toute cosmogonie construite sur les données d'une science nouvelle? et cette cosmogonie scientifique ne viendrait-elle pas confirmer les cosmogonies des traditions?

Charles Bonnet cherche ensuite les analogies de cette hypothèse avec les rapports entre les êtres animés et les climats, les saisons, les divers états de l'atmosphère. Il cite à ce sujet le grand nom de Leibnitz , qu'il appelle si justement le Platon de l'Allemagne.

Il n'était pas possible à cette époque d'aller plus loin.

D'après Hérodote et Diodore de Sicile, les Égyptiens connaissaient les règnes des dieux , les régnes des demi-dieux ou héros, les régnes des hommes. Ces trois sortes de régnes, successives, dans toutes les traditions de la gentilité.

La Chine, d'après le père Amyot, nous offre la même série. D'abord les augustes familles du ciel ; ensuite les augustes familles de la terre; enfin les augustes familles des hommes. Ceci nereprésente-t-il pas les temps mythologiques ou divins, les temps héroïques, les temps civils ou historiques? N'est-ce

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