DEUXIÈME PARTIE
Ne nous lassons pas de rappeler le dogme un et identique de la déchéance et de la réhabilitation.
Au reste, il suffit d'admettre qu'en sortant de cette vie nous n'entrons pas dans un état définitif. Toute créature doit parvenir à sa fin , et tant qu'une destinée humaine a quelque chose à accomplir, c'est-à-dire un progrès à faire, rien n'est fini pour elle. Or pour elle l'accomplissement, c'est la perfection , comme pour tous les ouvrages du Créateur; car dès le commencement Dieu a trouvé que ses ouvrages étaient bons, parcequ'en effet chacun contient en soi la cause et le moyen de son développement. Seulement c'est à l'homme, en raison de sa liberté, à parvenir à la perfection; car, encore une fois, il faut que l'intelligence mérite. Voilà ce qui rend impossible que tout finisse avec cette vie; voilà ce qui rend impossible aussi que, sitôt après cette vie, il ne se trouve pas un autre état de liberté où l'homme puisse continuer de graviter vers sa 'perfection relative jusqu'à ce qu'il y soit parvenu. D'un autre côté, il doit venir un temps où chaque destinée n'aura plus à subir l'influence et le froissement des autres destinées. Ce sera le temps de l'indépendance et de l'individualité, chose que nous ne pouvons pas trop concevoir à cause des liens d'affection qui doivent toujours subsister; le sentiment de cette indépen-
dance et de cette individualité est cependant pour plusieurs la pensée secrète et dominante qui nous agite en ce moment, mais elle ne se réalisera jamais dans ce monde. Pour y échapper , réfugionsnous dans la sphère religieuse. En revenant ailleurs sur ce caractère d'affranchissement absolu, qui serait une véritable dissolution sociale, et que je crois plus apparent que réel, nous trouverons sans doute que les lois de la sympathie et de la solidarité ne seront abrogées ni dans ce monde perfectionné ni dans *Tautre. Les lois fondamentales sont successives, et susceptibles, comme toutes les autres, d'arriver graduellement à la perfection, à mesure que les êtres auxquels elles s'appliquent arrivent eux-mêmes à la perfection. Ces lois qui ont servi à l'éducation du genre humain, à son avancement, subsisteront toujours. Le christianisme est la grande expression de ces lois, pour tous les mondes où l'homme doit pénétrer.
La plus forte individualité qui ait paru sur cette terre depuis les temps primitifs est incontestablement celle de Bonaparte. Chez lui l'intelligence fut portée à son plus haut développement. Le sentiment moral était resté en arrière, non relativement peut-être aux autres hommes, mais sans aucun doute relativement à lui-même. Serait-ce un des inconvénients d'une intelligence tellement