‹ ŒuvresChapitre 60 sur 175 · DEUXIEME PARTIE. i · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. i

dessein Je promettre; je n'ai point la prétention,

d'avoir traité le sujet d'Orphée, considère comme poëte mythographe, ou comme théocrate, ou enfin comme législateur, si toutefois on peut lui donner ce nom.

Je n'ai jamais conçu un si vaste et si nohle projet; et même, pour éviter l'embarras que j'ai signalé plus haut, relativement à ce personnage, tant à cause des faits qu'à cause de l'époque , j'avais d'abord inventé une fable, abstraction faite du nom. J'ai ensuite senti que je n'avais pas le pouvoir d'imposer un nom à une tradition, de consacrer un type ; et Salluste le philosophe , que j'ai lu depuis , m'a appris que les fables sont divines. J'ai donc demandé à l'antiquité un nom, et je lui ai emprunté une fable pour exprimer ma pensée. C'est ainsi que faisaient les poètes, dans les temps où les poètes n'exécutaient pas un ouvrage, mais obéissaient à une inspiration , dans les temps où les poètes gnomiques, par exemple, n'auraient pu concevoir la pensée de donner des préceptes littéraires , comme ceux d'Horace ou de Boileau , pour ce qu'on appelle la perfection de l'art. L'art, en effet, n'existait pas encore.

J'ai exprimé, par mes personnages, des pensées revêtues quelquefois d'une expression qu'il a fallu inventer ; mais ils ont dû avoir ces pensées, ou des

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pensées analogues , au moins dune manière confuse. D'ailleurs, pour les écrits d'une haute antiquité, on a souvent senti le besoin d'insérer un commentaire qui court dans le texte, et se confond avec lui; c'est ce qui a été fait pour la Bible. D'ailleurs encore, il ne faut pas craindre de le dire, mes personnages et ma fable sont prophètes, plus ou moins.

Je ne suis point entré dans les détails du culte , car il eût fallu être païen.

Mais si cette composition, comme je l'ai déjà dit, n'est pas fondée sur des données scientifiques, quoiqu'elle soit très loin d'y être étrangère, ainsi que je l'ai aussi fait entendre , elle porte sur d'autres données beaucoup moins trompeuses , et sur-tout bien plus appropriées à notre temps, temps palingénésique où le sentiment intuitif des choses primitives cherche à se réveiller: si donc elle n'est pas l'exposition même imparfaite de traditions locales transformées, et par conséquent restreintes dans de certaines limites, elle est, selon qu'il a été également dit plus haut, une puissante expression des traditions antiques les plus générales.

J'aurais besoin d'établir ici plusieurs points importants, pour justifier d'avance mes vues sur l'origine et les progrès du monde civil; je préfère toutefois m'en abstenir , pareeque je courrais le

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