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LE FOYE

Vrai cœur de la maison, gai, palpitant et clair. Pour réjouir l'esprit et ranimer la chair

Le foyer flambe dès l'aurore.

Poursuit partout de ses flèches d'or le sommeil, Teint la vitre de pourpre et nargue le soleil.

Et chante dans le bois sonore.

Il dit à tous : « Debout ! » comme le coq ; « Prions ! * Comme la cloche en ses mystiques carillons.

Et devant sa vivante flamme, Tous en cercle rangés, agenouillés ou droits, Joignent leurs mains vers Dieu, vers lui leurs talons froids,

Pour se chauffer le cœur et l'âme.

Puis le foyer les cède à la table un moment. Et la table au labeur; mais le foyer aimant

Les accompagne encore en plaine.

Les suit sur les guérets et jusqu'à l'horizon. En faisant sur le toit de la vieille maison

Flotter en bleu sa douce haleine.

Et pour le petit pâtre aux landes exilé. Transi par les hivers, par les étés brûlé.

Et que la faim souvent tourmente, La légère fumée au loin est un espoir Qui s'élève et palpite, et qui parle du soir.

Et promet la soupe fumante.

Il est nuit. Revenus des friches ou des blés, Ils tendent au foyer qui les a rappelés

Leurs doigts gourds gercés de crevasses ; Dans un rêve béat de bien-être animal Ils se plongent; la flamme endormeuse du mal

Épanouit leurs maigres faces.

Et le sommeil les prend. « Prions, mes fils, prions, Dit la fermière. — Et dans le refrain des grillons

Cachés sous la pierre de l'âtre, 1:11e récite — plus longue que le matin — I^ prière pour tous, cependant que s'éteint

Sur les murs la clarté folâtre.

A présent tous s'en vont, à tâtons, dans les coins Chercher la dure couche où l'on dort à pleins poings

Jusqu'à ce que le coq s'éveille; Et, seule, la fermière accroupie au foyer S'attarde encore à voir sourire et rougeoyer

Le bout d'une bûche vermeille.

Elle revit dans ces reflets les jours bénis,

Sa douce enfance au long des bois où sont les nids,

Les beaux amours de sa jouvence, Ses noces dans le temps des cerisiers en fleurs, Son mari mort, ses fils soldats, l'effort, les pleurs

Et l'âge qui déjà s'avance;

Puis couvre gravement de cendre le tison ; Car, tandis qu'au sommeil sombrera la maison,

Contre le froid et l'épouvante.

Contre le mal qui peut soudain fondre sur nous, Il faut le feu sacré qu'on souffle à deux genoux,

Et qui la fait encor vivante.

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