‹ Œuvres: poésiesChapitre 36 sur 37 · POUR BIEN FINIR · texte numérisé non relu

POUR BIEN FINIR

«■ Le ciel est bleu, l'air frais agite Us rameaux. Le fléau siffle autour des gerhiers; la batteuse Travaille et fait le bruit d'une ruche grondeuse; La paix et le bonheur s'exhalent des hameaux. . . Pauvre dmc, oublie ici tes maux !

« Oublie ici qu'il est une ville fatale Qui t'a pris tes vingt ans, les plus beaux, les meilleurs. Et ne te laisse aux doigts que quelques pâles fleurs. Moins riches mille fois que la flore qu'étale Sous tes pieds la lande natale.

« Redeviens paysan, car tu le peux eticor, A respirer dans l'air l'esprit de tes ancêtres, A vivre au ras du sol, comme eux avec les êtres Qui ne quittent jamais ce simple et frais décor Qu'en mourant — pour le grand essor.

«r Ne lis plus : un poison sort des meilleures pages. N'écris pas : tout beau vers est semence d'orgueil. Reste dans l'hori:^on qu'on embrasse du seuil Et ne suis pas des yeux, dans leurs troublants x<oyagcs. Ni les oiseaux ni les nuages.

<r Travaille, d'un travail réel, utile et sain. D'un travail rud: et fort qui courbe et qui terrasse. Et sous lequel le corps, le soir, demande grâce. Et qui fait qu'à pleins poings on dort jusqu'au matin Sans vains regrets ni songe vain.

POURDIENFJNIR 279

k redresse ton front que quand la cloche tinte; ïissc ton « Angélus » avec son carillon Monter, ainsi qu'une alouette du sillon. Ou ton « De Profundis » quand une vie éteinte Change son chant en une plainte;

M Puis, le dimanche, va comme les paysans Dans la petite église entendre la grand'mcsse. Chanter vêpres, porter ta joie ou ta détresse. Prier pour tes défunts quelque part gémissants. Et pour tes frêles blés naissants.

* Aime les pauvres gens dont beaucoup t'ont vu naître Et gardent de ta mère un pieux souvenir. Tâche qu'un jour comme elle ils puissent te bénir; Ne prends jamais le ton d'un savant ni d'un maître : Ils sont les vrais savants peut-être...

«r Vis près d'eux et pour eux : prends part à leurs travaux, A leur projets, à leurs tristesses, à leurs fêtes ; Chanic-lcur tes chansons quand elles seront faites Pour leur oreille fruste et leurs simples cerveaux Et le pas lent de leurs troupeaux.

» Fais quelque bien autour de toi sans qu'on le sache. Ne te lamente point quand la douleur viendra T'avcrtir que bientôt ton heure sonnera. Accueille-la comme un chrétien, non comme un lâche : Elle purifie et détache... »

iSo POUR BIEN FINIR

Ainsi vie parle — et plus fortement chaque jour Une lointaine voix, ensemble austère et douce. Qui m'enseigne comment descendre sans secousse Au quai fatal, et faire, à la chute du jour. Le départ qui n'est qu'un retour.

Tous les soirs je m'endors en caressant ce rêve De retraite, d'apaisement, de bonne fin. Et tous les jours Paris, ainsi qu'un mauvais vin. Me redonne la soif de la lutte sans trêve. Et du port de nouveau m'enlève...

Ah ! toi, du moins, qui par de si puissants liens Attaches à tes flancs tes enfants et tes chênes. Terre natale, enroule autour de moi les chaînes Dont avant moi tu sus ctreindre tous les miens. Et garde-moi quand tu me tiens l

Page 1