‹ Œuvres poétiques.Chapitre 10 sur 235 · OARISTYS · texte numérisé non relu

OARISTYS

ils vont, beaux amoureux, côte à côte, en silence Les yeux baissés à terre^ et la main dans la main, Sans songer qu'ils sont seuls, éloignés du chemin, Et que la nuit s'abat sur la forêt immense.

Où vont-ils? Où le cœur les conduit sans défense, Impatients et doux sous l'aiguillon divin ; Lui, du désir d'oser tout ému dans son sein, Elle, tremblant qu'il ose et se livrant d'avance.

Ils n'ont rien dit encore , et tout est dit entre eux. — La nature est discrète, enfants ! soyez heureux ! Et toi. Barde de Cô, souris, vieux Théocrite !

Vois! ton drame d'amour dure éternellement; C'est, depuis deiix mille ans, la seule page écrite Où le temps ait passé sans aucun changement!

SEMPERVIVUS

Son cœur est glacé , — disait-il — Et s'il est mort, qui s'en soucie?

Je vais en faire l'autopsie, On le peut, je crois, sans péril.

Et l'espiègle , d'un dard subtil , Va piquant la fibre transie, Et mettant à nu chaque fil De l'organe qu'il supplicie.

Nina passe , et , d'un doigt peureux , Effleure ce point douloureux Où le suc vivant s'élabore.

L'artère bat à ce toucher.

— Méchant! dit-elle, il bouge encore;

Qui te pressait de l'écorcher?

MALE OLENS

(certain augure, un jour, sur son âme enfourché, S'en vint du tribunal de Zeus gratter la porte. « — Père des Dieux, dit-il, pour le coup je t'apporte Un cœur propre à ta gloire, et digne de Psyché.

Vivace était sa chair, j'en ai fait une morte ; Et rétifs ses liens, je l'en ai détaché; Contre le Mal, enfin, je l'ai si bien caché.

Qu'il n'a pris par ses sens plaisir d'aucune sorte, n

« — Éros ! dit Jupiter d'un ton moitié moqueur. Viens çà ! tu t'y connais, regarde un peu ce cœur ! » L'Amour, s'en approchant, du dégoût fit le geste:

« — Je suis dieu pour guérir, et non pour embaumer !

Chez les suicidés jetez-moi cette peste !

Ce cœur-là s'est détruit en se privant d'aimer ! »

PRIMULA VERIS

V^ue tout cœur aimant soit aimé !

Du bonheur féconde semence, Le désir a partout germé; La saison des baisers commence.

La saison des baisers commence ; Pour calmer le sang enflammé , Qui fait battre l'artère immense , Agitez le thyrse embaumé !

Agitez le thyrse embaumé Dont l'odeur grise l'Innocence ; Domptés par ce sceptre charmé , Les Dieux mêmes sont en démence!

Que tout cœur aimant soit aimé !

La saison des baisers commence; Agitez le thyrse embaumé ; Les Dieux mêmes sont en démence!

l6 PASTELS ET MIGNARDISES.

Les Dieux mêmes sont en démence, L'Amour s'offre tout désarmé ; Agitez le thyrse embaumé !

Agitez le thyrse embaumé Sur le front de l'Adolescence; La saison des baisers commence.

La saison des baisers commence; Pour qu'il en soit beaucoup semé y Que tout cœur aimant soit aimé!

Pour qu'il en soit beaucoup semé , Sur le front de l'Adolescence L'Amour s'offre tout désarmé!

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