DOUTE
Oeureux qui, jusqu'à Dieu, sur Pabîme béant, Élève par la Foi son aile aventureuse , Et qui n'a pas senti, dans la nuit ténébreuse, L'aboi de son orgueil se perdre en son néant !
Humble nain, je n'ai pas cet instinct de géant : Le vertige me prend, dès que mon regard creuse Le mystère insondable où ma raison peureuse S'égare dans le doute et butte en maugréant.
Aussi, las d'agiter l'énigme sans comprendre, N'osant ni trop vouloir, ni pas assez prétendre, A la garde de Dieu, je vais, peu m'importe où.
Indifférent au sort, pareil à cet homme ivre Qui, vaguant dans la nuit, culbute au premier trou , Sans plus se voir mourir qu'il ne s'est senti vivre,.
ex
LE FLEAU
Di Diev^ te désignant pour bras de sa colère, Te donnait à lancer quelqu'un de ces fléaux Par qui se tord le monde en d'affreux soubresauts, Que ferais-tu, Poëte? — « Horrible ministère !
Seigneur , ton œil fut doux à mon nid solitaire ; Je bénis ton soleil , et j'ai soif de repos ; Mais parle ! si la fièvre, a desséché ses os , S'il faut, pour la sauver, une crise à la Terre,
De peur de voir tomber trop de chers trépassés , Je voilerai mes yeux baignés de pleurs glacés , Comme un Ange de deuil qui traverse des fêtes ;
Et j'irai cependant, sûr d'un mieux inconnu,
O glaive du Très-Haut! trancher le fil ténu
Q^i te tient jour et nuit suspendu sur nos têtes ! »,
126 ^.PHÉMÈRES.