FERME PROPOS
CJ oœur toujours fécond en sages départies.
Qui fais cent fois par four vœu de renoncement, Et qui, l'instant d'après, jettes là ton serment , Comme un moine son froc incommode aux orties !
Tout ainsi qu'un malade à lui-même se ment Et ravive soudain ses douleurs amorties, Tu l'as voulu ! subis ce nouveau châtiment D'éprouver des ardeurs déjà trop ressenties.
Sur le mal oublié le désir survécu
L'emporte ; on se défend pour être mieux vaincu.
Et tout effort ne fait que resserrer la chaîne.
Va donc ! Cîrcé le veut : retourne au cher poison !
Tu n'y perdras jamais qu'un reste de raison,
Si peu. qu'en rien garder n*est vraiment pas" la peine.
DERNICRS SONNETS. ;i8l
ODI PRQFANUM VULGUS
Uites-moi, je vous prie, où se porte la foule. Le bazar où se voit la grande nouveauté, Le théâtre où le drame en faveur se déroule ; Vous y courez? merci! je vais d'autre côté.
Dans le total humain réfractaire unité^ Je cède en protestant au nombre qui me foule ; Sous l'ardente coulée, impatient du moule, Ainsi gronde au creuset un métal révolté.
Dites-moi, je vous prie, où nul être ne passe. Où tout manque, et le jour, et le bruit, et Pespace. Vous l'ignorez ? c'est bien ! j'irai donc en ce lieu.
Qu'il soit morne désert, chaos nu, nuit profonde. J'y mettrai du soleil, des voix et tout un monde ; Car je sais la magie, et ipon maître fut Pieu.
2b2 DERNIERS SONNETS.