‹ Œuvres poétiquesChapitre 62 sur 140 · LA BIBLIOTHEQUE · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHEQUE

Quand du temps qui soupire et pleure,

La pluie éternise le cours.

Et qu'exilé dans ma demeure,

Il me faut tromper d'heure en heure

L'uniformité des longs jours ;

Quand une chaleur tropicale Verse aux moissonneurs le sommeil, Qu'un air brûlant des prés s'exhale.

Et que, sous l'herbe, la cigale Dit seule son hymne au soleil ;

Je m'enferme en la solitude, Où, parmi les obscurs écrits Que jamais ne troubla l'étude, Veillent mes auteurs favoris.

Amis de cœur et d'habitude.

Leur esprit visite le mien :

Ils me redisent leurs merveilles.

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Leur voix encliaiito mes oreilles, Et je goûte en leur entretien Des félicités sans pareilles.

Si je veux entendre des vers, J'évoque, après les vieux modèles, Musset, aux larmes immortelles, Hugo, quand il ouvre ces ailes.

Et Lamartine aux doux concerts.

Si je veux déserter la terre, Bossuet, l'éclair dans les yeux, Fond sur moi, me prend en sa serre, Et parmi le bruit du tonnerre, M'emporte éperdu dans les cieux.

Près de Fénelon je médite, Je m'anéantis en Pascal.

Avec l'histoire je m'irrite, Et j'unis au fouet de Tacite La satire de Juvénal.

Saint-Simon répand sans mesure Des flots de génie et de fiel.

Tous ses traits font une morsure, Et son encre en chaque blessure Dépose un poison immortel.

Mais surtout Sévigné m'enchante Par la grâce ut le tour des mots.

Si Une, quand elle est méchante,

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Dans ses tendresses si touchante ; Si Française en ses vifs propos !

En ces entretiens le temps passe Rapide et cliarmant à la fois, Et la nuit survenant me chasse Avant que mon àme se lasse D'ouïr parler ces grandes voix.

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