Livre à d'autres baisers une infidèle main
Je suis là. C'est moi seul dont le transport soudain
Agitant tes rideaux ou ta porte secrète.
Par un bruit imprévu t'épouvante et t'arrête.
C'est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton cœur
Mon nom et tes serments et ma juste fureur.
Mais périsse l'amant que satisfait la crainte ! Périsse la beauté qui m'aime par contrainte. Qui voit dans ses serments une pénible loi, Et n'a point de plaisir à me garder sa foi!
Jeune fille, ton cœur avec nous veut se taire. Tu fuis, tu ne ris plus; rien ne saurait te plaire
La soie à tes travaux offre en vain des couleurs; L'aiguille sous tes doigts n'anime plus des fleurs. Tu n'aimes qu'à rêver, muette, seule, errante, Et la rose pâlit sur ta bouche mourante. Ah! mon œil est savant et depuis plus d'un jour, Et ce n'est pas à moi qu'on peut cacher l'amour.
Les belles font aimer; elles aiment. Les belles
Nous charment tous. Heureux qui peut être aimé d'elles!
Sois tendre, même faible ; on doit l'être un moment;
Fidèle, si tu peux. Mais conte-moi comment,
Quel jeune homme aux yeux bleus, empressé sans audace.
Aux cheveux noirs, au front plein de charme et de grâce...
Tu rougis? On dirait que je t'ai dit son nom.
Je le connais pourtant. Autour de ta maison
C'est lui qui va, qui vient; et, laissant ton ouvrage.
Tu cours, sans te montrer, épier son passage.
Il fuit vite; et ton œil, sur sa trace accouru.
Le suit encor longtemps quand il a disparu.
Nul, en ce bois voisin où trois fêtes brillantes
Font voler au printemps nos nymphes triomphantes,
Nul n'a sa noble aisance et son habile main
A soumettre un coursier aux volontés du frein.