‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 49 sur 69 · A FANNY · texte numérisé non relu

A FANNY

Non, de tous les amants les regards, les soupirs

Ne sont point des pièges perfides.

Non, à tromper des cœurs délicats et timides

Tous ne mettent point leurs plaisirs.

Toujours la feinte mensongère Ne farde point de pleurs, vains enfants des désirs,

Une insidieuse prière.

Non, avec votre image, artifice et détour,

Fanny, n'habitent point une âme; Des yeux pleins de vos traits sont à vous. Nulle femme

Ne leur paraît digne d'amour.

Ah ! la pâle fleur de Clytie Ne voit au ciel qu'un astre; et l'absence du jour

Flétrit sa tête appesantie.

Des lèvres d'une belle un seul mot échappé

Blesse d'une trace profonde Le cœur d'un malheureux qui ne voit qu'elle au monde.

Son cœur pleure en secret frappé.

Quand sa bouche feint de sourire.

Il fuit; et jusqu'au jour, de son trouble occupé,

Absente, il ose au moins lui dire :

« Fanny, beii3 adorée, aux yeux doux et sereins,

Heureux qui n'aj^ant d'autre envie Que de vous voir, vous plaire et vous donner sa vie,

Oublié de tous les humains,

Près d'aller rejoindre ses pères.

Vous dira, vous pressant de ses mourantes mains :

Crois-tu qu'il soit des cœurs sincères? »

Fanny, l'heureux mortel qui près de toi respire Sait, à te voir parler, et rougir, et sourire. De quels hôtes divins le ciel est habité. La grâce, la candeur, la naïve innocence

Ont, depuis ton enfance.

De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.

Sur tes traits où ton âme imprime sa noblesse, Elles ont su mêler aux roses de jeunesse Ces roses de pu Jeur, charmes plus séduisants, Et remplir tes regards, tes lèvres, ton langage,

De ce miel dont le sage Cherche lui-même en vain à défendre ses sens.

Oh ! que n'ai-je, moi seul, tout l'éclat et la gloire Que donnent les talents, la beauté, la victoire. Pour fixer sur moi seul ta pensée et tes yeux ! Que, loin de moi, Ion cœur soit plein de ma présence.

Comme, dans ton absence, Ton aspect bien-aimé m'est présent en tous lieux!

Je pense: Elle était là; tous disaient: ((Qu'elle est belle! » Tels furent ses regards, sa démarche fut telle, Et tels ses \èLemenls^ sa voix et ses discours. Sur ce gazon assise, et dominant la plaine,

Des méandres de Seine, Rêveuse, elle suivait les obliques détours.

Ainsi dans les forêts j'erre avec ton image; Ainsi le jeune faon, dans son désert sauvage, D'un plomb volant percé, précipite ses pas. Il emporte en fuyant sa mortelle blessure;

Couché près d'une eau pure.

Palpitant, hors d"haleine, il attend le trépas.

Mai de moins de roses, l'automne De moins de pampres se couronne.

Moins (i'épis flottent en moissons, Que sur mes lèvres, sur ma lyre, Fanny, tes regards, ton sourire, ^e font éciore de chansons.

Les secrets pensers de mon àme Sortent en paroles de flamme, A ton nom doucement émus :

Ainsi la nacre industrieuse Jette sa perle précieuse.

Honneur des sultanes d'Ormuz.

Ainsi sur son mûrier fertile Le ver du Catay mêle et file Sa trame étincelante d'or.

Viens, mes Muses pour ta parure De leur soie immortelle et pure Versent un plus riche trésor.

Les perles de la poésie Forment sous leurs doigts d'ambroisie D'un collier le brillant contour.

Viens, Fanny : que ma main suspende Sur ton sein cette noble offrande...

A FANiNY MALADE

Quelquefois un souffle rapide Obscurcit un moment sous sa vapeur humide L'or, qui reprend soudain sa brillante couleur : Ainsi du Sirius, ô jeune bien-aimée.

Un moment l'haleine enflammée De ta beauté vermeille a fatigué la fleur.

De quel tendre et léger nuage Un peu de pâleur douce, épars sur ton visage, Enveloppa tes traits calmes et languissants! Quel regards, quel sourire, à peine sur ta couche

Entr'ouvraient les yeux et ta bouche!

Et que de miel coulait de tes faibles accents !

Oh! qu'une belle est plus à craindre Alors qu'elle gémit, alors qu'on peut la plaindre, Qu'on s'alarme pour elle. Ah ! s'il était des cœurs, Fanny, que ton éclat eût trouvés insensibles,

Ils ne resteraient point paisibles Près de ton front voilé de ces douces langueurs.

Oui, quoique meilleure et plus belle.

Toi-même cependant tu n'es qu'une mortelle ; Je le vois. Mais du ciel, toi, l'orgueil et l'amour, Tes beaux ans sont sacrés. Ton âme et ton visage

Sont des dieux la divine image, Et le ciel s'applaudit de t'avoir mise au jour.

Le ciel t'a vue en tes prairies Oublier tes loisirs, tes lentes rêveries, Et tes dons et tes soins chercher les malheureux, Tes délicates mains à leurs lèvres amères

Présenter des sucs salutaires, Ou presser d'un lin pur leurs membres douloureux.

Souffrances que je leur envie I Qu'ils eurent de bonheur de trembler pour leur vie, Puisqu'ils virent sur eux tes regrets caressants I Et leur toit rayonner de la douce présence,

Et la bonté, la complaisance, Attendrir tes discours, plus chers que tes présents !

Près de leur lit, dans leur chaumière, Ils crurent voir descendre un ange de lumière, Qui des ombres de mort dégageait leur flambeau; Leurs cœurs étaient émus, comme aux yeux de la Grèce,

La victime qu'une déesse Vint ravir à l'Aulide, à Calcha?, au tombeau.

Ah ! si des douleurs étrangères D'une larme si noble humectent tes paupières Et te font des destins accuser la rigueur, Ceux qui souffrent pour toi, tu les plaindras peut-èïre;

Et les douleurs que tu fais naître Ont-elles moins le droit d'intéresser ton cœur?

Troie, antique honneur de l'Asie, Vit le prince expirant des guerriers de Mysie D'un vainqueur généreux éprouver les bienfaits. D'Achille désarmé la main amie et sûre

Toucha sa mortelle blessure, Et soulagea les maux qu'elle-même avait faits.

' A tous les instants rappelée, Ta vue apaise ainsi l'âme qu'elle a troublée. Fanuy, pour moi ta vue est la clarté des cieux; Vivre est te regarder, et t'aimer, te le dire;

Et quand tu daignes me sourire.

Le lit de Vénus même est sans prix à mes yeui.

ODES * sr

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