STANCES DE CELADON
Qu'il ne veut plus aymer
rompons nostre prison, délivrons-nous, mon cœur, " Du lien qui nous serre
Et pour monstrer qu'Amour n'est plus nostre vain- Foulons le contre terre [queur
Foulons le sous les pieds, et fuyons désormais
La honte du servage, Sans que cette beauté puisse espérer jamais
De changer mon courage.
Elle aveu mes deux yeux, pour pleurer mes mal-heurs
Sembler à deux fontaines, Et ma voix ne trouver passage entre mes pleurs
Qu'à souspirer mes peines.
Elle a veu que chacun, considérant ma foy
Et son humeur cruelle, Blasmoit esgalement l'excez d'amour en moy
Et le défaut en elle.
Elle a veu que l'amour [m'a] réduit à tel poinct
Que j'avois plus d'envie De mourir en l'aymant, qu'helas je n'avois point
De conserver ma vie.
Mais que n'a-t-elle veu, la cruelle qu'elle est,
De mon cruel martyre ?
Que n'en a-t'elle veu ? Mais qu'en a-t'elle fait
Autre chose qu'en rire ?
Elle a ry sans pitié des maux que j'ay soufferts
Et d'une humeur petite :
c S'il s'en fasche, dit-elle, il peut rompre ses fers ;
Quant à moy, je le quitte.
Quelle force Iuy fais-je, et pourquoy sans raison
Dit-il que je l'outrage ?
Puis que, quant il voudra, j'ouvriray sa prison,
Qu'il sorte du servage ».
Ouy, cruelle beauté ; ces fers dont je me plains
Et qu'à tort on mesprise Par un puissant despit me sont tombez des mains
Et je suis en franchise
Je pensois en l'aymant qu'un suject tout divin Eust fait naistre ma flame,
Mais son cruel mespris m'a fait cognoistre enfin Que j'aymois une femme;
Femme qu'on ne sçauroit qu'à soy-mesme égaler, N'ayant point de seconde ;
Femme que, sans outrage, on peut bien appeller La plus femme du monde.
Adieu donc pour jamais, trop insensible esprit,
Ma flame est estouffée :
Victorieux, j'[appens] à mon juste dépit
Ton amour pour trophée I