‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introduction (volume 2)Chapitre 36 sur 50 · STANCES DE CELADON · texte numérisé non relu

STANCES DE CELADON

Qu'il ne veut plus aymer

rompons nostre prison, délivrons-nous, mon cœur, " Du lien qui nous serre

Et pour monstrer qu'Amour n'est plus nostre vain- Foulons le contre terre [queur

Foulons le sous les pieds, et fuyons désormais

La honte du servage, Sans que cette beauté puisse espérer jamais

De changer mon courage.

Elle aveu mes deux yeux, pour pleurer mes mal-heurs

Sembler à deux fontaines, Et ma voix ne trouver passage entre mes pleurs

Qu'à souspirer mes peines.

Elle a veu que chacun, considérant ma foy

Et son humeur cruelle, Blasmoit esgalement l'excez d'amour en moy

Et le défaut en elle.

Elle a veu que l'amour [m'a] réduit à tel poinct

Que j'avois plus d'envie De mourir en l'aymant, qu'helas je n'avois point

De conserver ma vie.

Mais que n'a-t-elle veu, la cruelle qu'elle est,

De mon cruel martyre ?

Que n'en a-t'elle veu ? Mais qu'en a-t'elle fait

Autre chose qu'en rire ?

Elle a ry sans pitié des maux que j'ay soufferts

Et d'une humeur petite :

c S'il s'en fasche, dit-elle, il peut rompre ses fers ;

Quant à moy, je le quitte.

Quelle force Iuy fais-je, et pourquoy sans raison

Dit-il que je l'outrage ?

Puis que, quant il voudra, j'ouvriray sa prison,

Qu'il sorte du servage ».

Ouy, cruelle beauté ; ces fers dont je me plains

Et qu'à tort on mesprise Par un puissant despit me sont tombez des mains

Et je suis en franchise

Je pensois en l'aymant qu'un suject tout divin Eust fait naistre ma flame,

Mais son cruel mespris m'a fait cognoistre enfin Que j'aymois une femme;

Femme qu'on ne sçauroit qu'à soy-mesme égaler, N'ayant point de seconde ;

Femme que, sans outrage, on peut bien appeller La plus femme du monde.

Adieu donc pour jamais, trop insensible esprit,

Ma flame est estouffée :

Victorieux, j'[appens] à mon juste dépit

Ton amour pour trophée I

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