‹ Œuvres poétiques choisies et précédées d'une introduction (volume 2)Chapitre 7 sur 50 · DE L'INCONSTANT HYLAS · texte numérisé non relu

DE L'INCONSTANT HYLAS

O i l'on me dédaigne, je laisse

La cruelle avec son dédain, Sans que j'attende au lendemain De faire nouvelle maistresse :

C'est erreur de se consumer A se faire par force aymer.

Le plus souvent ces tant discrettes, Qui vont nos amours mesprisant, Ont au cœur un feu plus cuisant (Mais les fiâmes en sont secrettes) Que pour d'autres nous allumons, Cependant que nous les aymons.

Le trop fidelle opiniastre Qui, déceu de sa loyauté, Aime une cruelle beauté Ne semble-t'il point l'idolâtre Qui de quelque idole impuissant Jamais le secours ne ressent ?

On dit bien que qui ne se lasse De longuement importuner Par force enfin se fait donner ; Mais c'est avoir mauvaise grâce, Quoy qu'on puisse avoir de quelqu'un, Que d'estre tousjours importun.

Voyez les, ces Amans fidelles !

Ils sont tousjours pleins de douleurs : Les soupirs, les regrets, les pleurs Sont leurs contenances plus belles, Et semble que pour estre Amant Il faille plaindre seulement.

Celuy doit-il s'appeller homme Qui, l'honneur de l'homme étouffant, Pleure, tout ainsi qu'un enfant Pour la perte de quelque pomme ?

Ne faut-il plustost le nommer Un fol qui croist de bien aymer ?

Moy qui veux fuir ces sottises Qui ne donnent que de l'ennuy, Sage par le mal-heur d'autruy, J'use tousjours de mes franchises, Et ne puis estre mécontant Que l'on m'en appelle inconstant.

Astrée, I,i.

SONNET D HYLAS

Qu'il prend son parti des dédains de Laonice

»xui6 qu'il faut arracher la profonde racine ^Qu'Amour, en vous voyant, me planta dans le coeur, Et que tant de désirs avec tant de longueur Ont si soigneusement nourrie en ma poitrine;

Puis qu'il faut que le temps, qui vid son origine, Triomphe de sa fin et s'en nomme vainqueur ; Faisons un beau dessein et, sans vivre en langueur, Ostons-en tout d'un coup et la fleur et l'espine.

Chassons tous ces désirs, esteignons tous ces feux, Rompons tous ces liens serrez de tant de nœuds, Et prenons de nous mesme un congé volontaire.

Nous le vaincrons ainsi, cet Amour indompté,

Et ferons sagement de nostre volonté

Ce que le temps enfin nous forceroit de faire.

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