Heptaméron, édit. Le Roux de Lincy, t. II, p
X NOTICE BIOGRAPHiaUE
Enfin Marguerite choisit ' pour chancelier de son duché d'Alençon un proche parent du poète, François Olivier ; elle le poussa aux plus hauts emplois, au poste même de chancelier du roi ; nous verrons plus loin qu'Antoine Héroet trouva un protecteur dans ce célèbre magistrat. C'est la réputation de ses grandes vertus et de ses mœurs sévères qui valut, ce semble, à cette famille la protection de la reine de Navarre. — Antoine Héroet avait à ses yeux d'autres mérites encore. Comment n'aurait-elle pas distingué, parmi les écrivains dont sa cour fut le rendez-vous et parfois l'asile, ce jeune poète qui faisait de l'amour une vertu et de la poésie autre chose qu'un badinage? Elle contribua puissamment à la renaissance du platonisme, en protégeant les érudits comme Dolet et Ramus, en les encourageant à publier les œuvres mêmes du philosophe grec. Or Héroet fut des premiers à se consacrer à l'étude de Platon : il allait faire mieux que de le traduire, il allait montrer que la conception platonicienne de l'amour était à la fois source de vertu et de poésie ; ce n'était point par curiosité ou préférence d'érudit, ni par une sorte d'élégance intellectuelle qu'il étudiait la philosophie de Platon ; il y goûtait surtout ce qu'elle contient de vivifiant et de pur; c'est aussi ce qu'aimait en elle l'âme tendre et mystique de Marguerite. Car chez tous deux les sentiments religieux se combinent avec les idées platoniciennes ; Marguerite mêle plus de théologie à ses théories, et dans l'expression même il y a plus de recherche et de préciosité ; mais aux plus beaux vers que Platon ait inspirés à Héroet, on ne trouve alors rien à comparer que la magnifique définition des parfaits amants donnée par Marguerite dans VHeptaméron (t. II, p. m) et certaines pièces de la Marguerite des Marguerites (Mort et Résurrection d'Amour, t. IV, p. 267) ou des Dernières Poésies (Distinction du vray Amour, p. 301). Ce qu'on a pu dire de la reine s'applique au même titre au poète : tous deux ont été vraiment les « doctrinaires » de l'amour platonicien. Héroet était évidemment l'un de ces « très
I. Ce fut à la mort de Jean Brinon, dit Charles de Sainte-Marthe dans son Oraison funèbre de l'incomparable Marguerite, p. 75, c'est-à-dire en 1528, d'après une notice de Jérôme Pichon (Bull, du Bibl., 1849, p. 3 ; indication reproduite par Le Roux de Lincy, Heptaméron, 1. 1, p. 17).