‹ Œuvres poétiques complètesChapitre 64 sur 161 · RÉSIGNATION · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION

' Malheureux est celui qui vainement espère amour pour amour; plus malheureux celui dont le cœur est vide de tout

SOniïBTS. 145

sentiment : mais celui-là^ je le sens , est le plus malheureux des hommes^ qui n'aime plus et ne peut oublier son amour.

Parmi des yeux ardents et des fronts impudiques^ ses souvenirs enveniment la volupté qui Tenivre ; et si la beauté jointe à la vertu réveille en lui les ardeurs d'autrefois ^41 n'ose plus mettre aux pieds d'un ange son cœur défloré.

11 méprise les autres ou s'accuse lui-même; il fuit une fille de la terre ^ laisse s'envoler une fille des cieux : et^ les regardant l'une et l'autre, il dit adieu à l'espérance.

Et son cœur est pareil à quelque temple désert, ravagé par l'effort des ans; et des tempêtes, que Dieu ne veut plus, que les hommes n'osent pas^habiter.

Tu veux lire dans mes yeux , tu soupires ; simplicité funeste ! crains le poison de flamme aux regards du serpent : fuis, avant que son haleine mortelle ne t'enveloppe, si tune veux maudire tout le reste de tes jours.

La sincérité, voilà ma seule vertu désormais ; apprends que ta jeunesse allume dans mon sein des feux indignes, mais je sais vivre seul : pourquoi donc, au terme de mes jours, une âme innocente se mèlerait-elle à mes destinées?

J'aime le plaisir, mais je suis trop fier pour séduire. Tu n'es qu'une enfant, moi, je suis consumé du feu des passions; tu es heureuse, ta place est dans le joyeux essaim :

La mienne est parmi les tombeaux du passé. Jeune lierre, enlace de tes bras le peuplier verdoyant ; permets aux ronces de couvrir les piliers mortuaires.

mÇKIEWICZ. — T. I. 13

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xn.

Esclave^ pour la première fois, je suis aise de mon esclavage. Je te regarde, la sérénité ne fuit pas de mon front ; je pense à toi , ma pensée garde sa splendeur : je t'aime, et pourtant mon coeur n'a point de souffrance.

Maintes fois pour le bonheur j'ai pris un instant de plaisir; souvent je me suis laissé prendre à quelque jeune illusion, à quelque sourire charmant ou à quelque parole mielleuse : mais alors aussi je maudissais mon ivresse.

Alors même que j'adorais cette habitante des cieux , que de larmes ! quelle ardente inquiétude ! quelle peine aujourd'hui j'éprouve au seul souvenir de son nom !

Je ne me sens heureux qu'avec toi, ma compagne ; je rends grâce à Dieu de m'avoir donné une telle amante, et à mon amour de m'avoir appris à rendre grâce à Dieu.

xm.

Je soupire, ô mon amie; la souvenance de tes caresses divines me rend ma solitude odieuse. Ah ! peut-être aussi ton cœur tant éprouvé, je tremble de le penser, est-il dévasté par le remords !

Est-ce donc ta faute, ô mon amie, si les rayons de tes yeux sont si purs, si ta bouche sourit si doucement ; si ton cœur eut trop de confiance en ma vertu, ou dans ses propres forces : si le Créateur versa trop de feux dans nos âmes?

Nous avons combattu tant de jours! tant de semaines! jeunes, toujours seuls, toujours ensemble, nous fûmes longtemps dignes de nous-mêmes.

Maintenant!... oh! laisse-moi baigner de mes larmes le pied des autels, non pour demander le pardon de mes

crimes ^ mais afin que Dieu m'épargne le tourment de te voir souffrir î

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