ESPIUT8 DU CÔTÉ GAUCHE
Dieu nous tourmente le jour, mais. la nuit est à nous. La nuit^ c'est la volupté. I^anuit^ le paresseux repose avec moliesse^ et les ménestrels élèvent leurs voix plus librement; la nuit^ les démons leur enseignent leurs chansons. La nuit, comme une sangsue *y épuise peu à peu les saintes pensées recueillies^ le matin^ à l'église ou dans la conversation des honnêtes gens; la nuit ^ comme un serpent^ distille ses venins dans la bouche. Fils de la nuit^ chantons près de celui qui dort, servons-le si bien qu'il devienne à son tour notre serviteur. Glisson&-nous dans son coeur; travaillons sans relâche son esprit, afin qu'il soit à nous. Ah ! puisse-til longtemps dormir !
l'ange GARDIEN.
On a prié pour toi au ciel et sur la terre , et bientôt les tyrans te rendront à la vie.
LE PRISONNIER, s*éveiUant et médilanL
Toi qui tortures ton prochain, qui l'emprisonnes et l'é-' gorges, toi qui souris le jour et passes la nuit dans les banquets , te rappelles-tu , le matin , un seul au moins de tes rêves? et si tu te le rappelles, le conçois-tu?... ( \\ s'assoupit. )
* La nuit-sangsuet la nuit-serpent, deux composés que nous n'avons pu rendre dans le français (fue par deux comparaisons.
LES MAfiTYfiS. 11)5
l'ange gardien.
La liberté te sera rendue ; nous sommes venus te l'annoncer.
LE PRISONNIER^ s'éveijlant Je serai libre? Oui, je m'en souviens, on me le disait hier. Mais d'où vient ?... Est-ce un songe? est-ce Dieu qui me Ta révélé ? C II se rendort. )
ESPRrrs DU CÔTÉ DRorr.
Gardons-le saintement. Ah ! veillons sur son esprit, car entre ses pensées déjà le combat s'engage.