AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
Au risque d'encourir le reproche de remplir trop scrupuleusement l'engagement de notre titre : « Traduction des « poésies complètes de Shelley », nous donnerons ici la traduction de quelques fragments moins étendus et moins importants, mais où se retrouvent cependant encore des étincelles de sou génie. Quelques autres, qui touchent plus particulièrement à la vie intime du poêle, et qui nous ont été révélés par Texcellente biographie de M'" Dowden, parue pendant l'impression de ce volume, se trouvent traduits dans notre Etude sur la vie et les œuvres de Shelley.
Nous n'avons pas cru pouvoir clore plus dignement la traduction des poésies de Shelley, qu'en les Ausant suivre du capital et admirable essai de poétique, malheureusement inachevé, intitulé i)ar lui Défense delà Poésie. — Jamais la poésie, dans son sens le i)lus élevé, le plus moral, le plus civilisateur, n'a trouvé un défenseur aussi convaincu, aussi éloquent, aussi poète. Aucun commentaire des poésies de Shelley ne vaut celui-là ; la Défensede la Poésie jette sur sou œuvre et sur celle des grands poètes, ses devanciers et ses modèles, une lumière inattendue et révélatrice.
Regarde-moi encore ; ne détourne pas tes yeux, qui se nourrissent d'amour dans les miens, — amour qui n'est en vérité que le rayon réfléchi de ta propre beauté, émanant de mon esprit.
Parle-moi encore : la voix est comme l'accent de l'écho de mon propre cœur, et je crois entendre que tu m'aimes encore. — Toi seule, comme devant un miroir, sans souci d'autres traits que les tiens, tu y vois ton image ; et cependant je consume ma vie en te contemplant, peine parfois si douce. Tu es si bonne quand je suis malade, et que tu as pitié de moi
(1) Ce fragmen* et celui qui le suit se rapportent au début de l'amour de Shelley pour Mary Godwin, à qui ils sont adressés. Voir à ce sujet notre étude sur Shelley.
340 œUVRES POÉTIQUES DE SHELLEY
Tes regards de rosée tombent dans mon sein; tes douces paroles y remuent un poison ; tu as troublé le seul repos qui me restait, la part du désespoir.
Soumis au dur empire du devoir, j'aurais pu porter mon misérable destin : les chaînes qui enserrent cette âme ruinée l'ont rongée, mais non point écrasée.
Un ange ailé d'or se tenait devant le tribunal de l'Klernel ; ses regards étaient sauvages, et le sang du démon
souillait ses mains et ses pieds délicats Le père et
le Ills savaient que le combat était maintenant engagé. Ils savaient que Satan avait bris('' sa chaîne et, avec des millions de démons à sa suite, marchait de nouveau contre le monde. Avant que lange eût dit son histoire, un son doux et rampant comme un bruit d'ailes se lit entendre tout alentour, ft soudain les lampes pâlirent — les lampes qui, devant les sept archanges, brûlent continuellement dans le ciel (1).
(1) Ce Ini^iiit'iit st'iiihlc se ia|i|ioiter ;ui Prolminv d'Hillas trailuil à rA/ijienilicf du I. II.
Avoir soif, et ne pouvoir se désaltérer, gémir et errer à pas précipités et inconstants, s'arrêter et peser, sentir le sang courir dans ses veines, et tinter là où se mêlent la pensée laborieuse et laveugle sensation, nourrir l'image de caresses non senties, jusqu'à ce que l'obscure imagination possède l'ombre à moitié créée.
La richesse et le ix)uvoir s'évanouissent dans la masse de la grande mer du bien et du mal humains, quand une fois ils doivent échapper à votre possession, mais l'amour, quoique mal dirigé, est du nombre des choses qui sont immortelles, et survit à la frêle étoife de tout ce qui sera ou a été.
Mes pensées se lèvent et s'évanouissent dans la solitude ; le vers qui voudrait les revêtir se fond comme la lumière de la lune dans le ciel devant le jour qui s'épand. Quelles étaient belles ! Qu'elles étaient fières , mouchetant le ciel étoile comme un tissu de perles !
Oh ! que n'ai-je un char de nuées ! — de ces nuées que la sauvage tempête tisse dans l'air, quand la lune sur la ligne de l'Océan épand les boucles de sa brillante chevelure grise ! — Oh ! que n'ai-je un char de nuées ! Je voguerais sur les vagues du vent houleux jusqu'au pic montagneux ou au lac ceint de rochers....