‹ OEuvres poétiques complètesChapitre 2 sur 58 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

En entreprenant cette traduction des Poésies de Shelley, nous nous sommes demandé s'il ne fallait pas faire un choix des parties les plus complètes et les plus achevées, et laisser de côté les fragments, les essais et les poèmes qui, de Faveu des meilleurs juges, semblent inférieurs et indignes de lui. Une étude approfondie de l'ensemble de son œuvre nous a convaincu qu'il s'y trouve une unité de vues et d'inspiration trop accentuée pour nous permettre de la briser au caprice de notre propre critique, et nous exposer à priver le lecteur du puissant intérêt qu'il peut prendre à suivre pas à pas la marche de sa pensée toujours progressant, toujours s'élevant et s'épurant, à mesure qu'il réalise sous des formes de plus en plus parfaites son idéal poétique.

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Une traduction qui se bornerait aux grands poèmes ne donnerait que la moitié de Shelley, et laisserait dans l'ombre les parties secondaires, si l'on veut> mais cependant si originales et si variées de son génie. Nous connaissons tel admirateur de Shelley qui préfère au Prométhée délivré VOde à VAloiielle ou au Vent d'Ouest. Il y a dans Shelley, pour le moins^ une demidouzaine de poètes : le poète philosophique dans la; Reine Mab, le Prométhée^ Isi Magicienne de r Allas; le ^oète é^k^edscns Laon et C y Ihna; le poète tragique dans les Cenci et Charles l'", le poète de la vie familière àsais Julien el Maddalo et la Lettre à Mme Gisborne; le poète satirique dans Peter Bell III; le poète comique et burlesque dans Swellfoot Tyran ; le poète mystique dans VEpipsychidion ; le poète élégiaque dans Adonais; le poète lyrique dans les chœurs du Prométhée et de VHellas, et dans cent autres petits poèmes.'

NoQS avons réuni dans les deux premiers volumes les œuvres capitales soit par leur étendue, soit par leur importance au point de vue du développement de lïdée shelléienne.

Le troisième est réservé aux pièces de moindre haleine, que Shelley écrivait au jour le jour sous l'impression de ses joies ou de ses tristesses,

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de ses enthousiasmes ou de ses abattements, de ses rêveries ou de ses colères, des événements de sa vie privée ou de sa vie publique. A Taide de ces petits poèmes, dont la plupart sont depurs et rares jo^'-aux, le lecteur pourra assister, année par année, jour par jour^ aux émotions, aux passions, aux espérances, aux déceptions et aux désespoirs qui se pressent et tourbillonnent dans cette âme affamée, mais jamais assouvie, de lumière et de beauté. Les poésies de Shellej, c'est toute son âme, toute sa vie, tout son être : aucun poète ne s'est identifié à ce point avec son œuvre. Elles doivent être le commentaire toujours présent de sa biographie, esquissée dans le volume qui accompagne cette traduction (1), et qui en est inséparable, parce que l'histoire de la vie de Shelley est avant tout l'histoire de son âme et de ses poèmes où il l'a versée tout entière. Nous n'avons ajouté à la traduction que les notes essentielles à l'intelligence du texte, nous rappelant que Shelley, à l'encontre de plusieurs poètes ses contemporains, professait qu'une belle poésie doit être par elle-même assez claire, assez transparente, pour se passer d'explication et de commentaires. Nous laisserons à d'autres

(1) Histoire de la vie et des OEuvres de Shelley, i v.

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