‹ Œuvres poétiquesChapitre 86 sur 96 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Une guenon se trouva belle, Si belle qu'elle imagina D'aller se montrer comme ça, Comme ceci, comme cela,

Au Monomotapa. C'est le pays d'où la donzelle ^\xx une rapide nacelle Put apportée à Malaga Où la dame qui Tacheta D'benmne et de vair rhabilla Et lui fit, les jours de gala, Danser la grande cahuclia.

l'n jour donc, en cet équipage, Gomme l'oiseau fuit de sa cage La babouine s'échappa Et sautillant de ci, de là.

Dames guenons sont fort ingambes, Fit si bien des pieds et des jambes Qu'en peu de temps elle arriva.

Or, les singes de par delà Dont la très-vilaine coutume Est d'aller le derrière nu, En voyant le luxe inconnu De ce magnifique costume.

S'émerveillèrent tout d'abord.

Le plus ancien fit son rapport, Et toute la gcnt grimacière Décida d'un commun accord Qu'entre les mains de l'étrangère Le pays remettrait son sort.

Mais la guenon si bien vêtue Était fort sotte et fort tétùe Et gouverna tout de travers, Si bien qu'on apprit au désert, ' Gonune on îe sait en mainte ville Que le singe le mieux couvert N'est pas toujours le plus babilé Ou, pour vous le dire autrement, Qu'on peut avoir beau vêtement, Des colerettes de dentelle.

Des bracelets de diamants, De l'or sur tous les parements, Et n'avoir pas dans la cervelle Un grain d'esprit et de bon sens.

Cette fable qu'enseigne-t-elle?

Aux approches du jour de l'an Certain libraire Un peu corsaire Appelle à lui le chaland En étalant sur des tablettes Des livres au dedans tout remplis desomettes, Mais frappés sur les plats d'un brillant écusson* . Pris par les yeux, maint badaud fait emplette. Mais lorsqu'il rentre à la maison, Qu'il examine et qu'il feuillette, Je l'entends tout bas qui répète Le vieux refrain de la chanson D'où cette fable est descendue :

Ail ! la guenon la mieux vêtue N'en est pas moins une guenon.

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