‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 35 sur 118 · PASIPHAÉ · texte numérisé non relu

PASIPHAÉ

Tu gémis sur l'Ida, mourante, échevelée,

O reine, ô de Minos épouse désolée !

Heureuse si jamais, dans ses riches travaux,

Cérès n'eût pour le joug élevé des troupeaux !

Certe, aux antres d'Amnise, assez votre Lucine

Donnait de beaux neveux aux mères de Gortyne ,

Certes, vous élevez, aux gymnases crétois,

D'autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix.

Tu voles épier sous quelle yeuse obscure,

Tranquille, il ruminait son antique pâture ;

Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants ;

Quelle onde a ranimé l'albâtre de ses flancs.

— O Njonphes, entourez, fermez, Nymphes de Crète,

De ces vallons, fermez, entourez la retraite.

Si peut-être vers lui des vestiges épars

Ne viendront point guider ses pas et ses regards.

Insensée, à travers ronces, forêts, montagnes,

Œuvr*s Poétiques de Anare Chénier, t. I. é

ŒUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÉNIER Ra

Elle court. O fureur ! dans les vertes campagnes, Une belle génisse à son superbe amant Adressait devant elle un doux mugissement. La perfide mourra. Jupiter la demande.

Elle-même à son front attache la guirlande. L'entraîne, et sur l'autel prenant le fer vengeur : — Sois belle maintenant ! et plais à mon vainqueur. Elle frappe, et sa haine à la flamme lustrale. Rit de voir palpiter le cœur de sa rivale.

PASIPHAE AD AMOREM.

El TtoGleiv \i âSiSàfaç èv oupsai taûpov àXTTTjV, [xuxri6(i.6v (JLe ôtSa^ov, ô'ttco; cpÎAOv àvSpa xaXÉorarw. Analect., tome m, p. 141, ep. 3.

Cette reine de Crète, incestueuse amante. Qui demande un prodige au Dieu de la tourmente. Veut apprendre à mugir, sûre qu'à cette voix Son amant vagabond la suivrait dans les bois. Sa main royale, osant l'arrêter au passage. Souvent jette des fleurs sur sa tête sauvage. Descend sur sa poitrine aux longs replis tremblants, Le flatte, l'applaudit, fait résonner ses flancs.

D'après une autre version, deux interlocuteurs auraient été en scène racontant diverses histoires et entre autres celle de Pasiphaé.

Le premier interlocuteur aurait dit :

Cette île chère aux Dieux, mère de Jupiter, Aux cent belles cités maîtresses de la mer. Où, pour punir Athène, un épais labyrinthe Recèle un double monstre en son obscure enceinte.

Fruit coupable et cruel de perverses amours. Lorsque (si les Cretois ne mentent point toujours) Leur reine dans un temple, incestueuse amante, Demandant un prodige au Dieu qui la tourmente, Veut apprendre à mugir, sûre qu'à cette voix, Son amant mugissant la suivrait dans les bois, Sa main royale, osant l'arrêter au passage. Souvent jette des fleurs sur sa tête sauvage. Descend sur sa poitrine aux longs replis tremblants, Le flatte, l'applaudit, fait résonner ses flancs. Bientôt pour le tromper un savant artifice Creuse un bois imposteur, d'une feinte génisse ; Elle entre, elle revêt, aussi bien que les vœux. Les membres, et la force, et le front tortueux.

L'autre interlocuteur répond :

Les Cretois sont menteurs... puis il raconte plusieurs fables intéressantes et finit ainsi : Voilà quelles histoires m'apprennent les Muses.

Non, si Gnosse jamais vit sa reine inquiète Se soumettre à l'orgueil du taureau de la Crète, Et son fils monstrueux, son opprobre éternel. Garder la voix farouche et le front paternel.

Les dieux pour se venger envoient quelquefois la folie.

C'est ainsi qu'autrefois, dans leurs délires vains. Courant au pâturage et fuyant les humains. Les filles de Prœtus, vagabondes compagnes. De faux mugissements remplirent les campagnes. L'aspect du soc leur fit chercher les bois profonds. Tremblantes que le joug ne menaçât leurs fronts ;

Et leur main crut sentir, peureuse et mensongère, Se dresser sur leur tête une armure étrangère.

Amnise, fleuve de Crète où est l'antre de Lucine. Voy. Homère, Odyssée, livre XIII, 188. — C'est liv. XIX, v. 188 collection Didot, — et ISIeursius, Crit. liv. I, ch. vi.

Les troupes de jeunes gens, en Crète, s'appelaient àviXrj, et le chef à^(g\-/,xr^(;. Comme à Lacédémone îioùoai et le chef ioûavop. — Voy. Meursius, Crit., liv. II, ch. xi, et Miscellan, Lacon., liv. II, ch. m, et Valken, In Adon., p. 274.

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