ÉPODE DEUXIÈME
Lui, grands Dieux I courtisan menteur.
De sa raison céleste abandonner le faîte.
Pour descendre à votre hauteur !
En lui-môme affermi, comme l'antique athlète,
Sur le sol où son pied s'arrête, Il reste inébranlable à tout effort mortel ; Et laisse avec dédain ce vulgaire imbécile,
Toujours turbulent et servile, Flotter de maître en maître et d'autel en autel.
Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres ;
Il nie, il jure sur l'autel.
Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits funèbres,
A nos turpitudes célèbres, Nous voulons attacher un éclat immortel.
De l'oubli taciturne et de son onde noire Nous savons détourner le cours.
Nous appelons sur nous l'étemelle mémoire. Nos forfaits, notre unique histoire.
Parent de nos cités les brillants carrefours.
0 gardes de Louis, sous les voûtes royales
Par nos ménades déchirés.
Vos têtes sur un fer ont, pour nos Bacchanales,
Orné nos portes triomphales.
Et ces bronzes hideux, nos monuments sacrés.
Tout ce peuple hébété que nul remords ne touche.
Cruel même dans son repos.
Vient sourire aux succès de sa rage farouche
Et, la soif encore à la bouche.
Ruminer tout le sang dont il a bu les flots.
Arts dignes de nos yeux ! pompe et magnificence
Dignes de notre liberté, Dignes des vils tyrans qui dévastent la France,
Dignes de l'atroce démence Du stupide David qu'autrefois j'ai chanté I
De Barca, du Niger, les désertes arènes Nourrissent cérastes ardents,
Tigres à l'œil de flamme, implacables hyènes ; Le bitume flotte en leurs veines ;
Une rage homicide aiguillonne leurs dents.
A de tels compagnons votre juste message
Devait ouvrir votre cité.
Se jeter sur le faible est aussi leur courage.
Us vivent aussi de carnage.
Voir du sang est aussi leur seule volupté.
Mais n'osez plus flétrir de votre ignare estime Des mortels semblables aux Dieux.
De leurs mâles écrits quel foudre magnanime Tonne sur vous et sur le crime !
Ah ! si le crime et vous pouviez baisser les yeux I.