‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 10 sur 70 · PENDANT LA MOISSON · texte numérisé non relu

PENDANT LA MOISSON

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Eugène S/Canuel.

Le s hommes sont aux champs, et chaque maison vide, Muette et close aux feux étouffés du soleil,

Sous le poids lourd d’un ciel à l’ardoise pareil, S’endort dans la torpeur de son ombre livide.

Miroitement aigu dans ce calme de mort,

La tuile qui reluit a des éclairs farouches,

Et sur le fumier vibre un tourbillon de mouches Sous les traits acérés du rayon qui le mord.

Jetant de faibles cris, la frêle musaraigne

Dans les jardins se meurt de soif au long du mur,

Car sur le sol partout incandescent et dur,

Spectre à l’oeil dévorant, la sécheresse règne.

LES CHAMPS ET LA MER

Le familier du lieu, l’immobile idiot,

Sur la borne est assis parmi les maigres poules; Morne, il écoute aux champs plombés de chaudes houles, Crier un invisible et lointain chariot.

Les chiens silencieux vont, viennent dans la rue;

Une vache parfois pousse un long beuglement; L’hirondelle fend l’air et décrit, brusquement.

Un méandre à la courbe aussitôt disparue.

Pas un arbre alentour, pas un feuillage vert.

Telle qu’une fournaise ardente et sans issue Où le brun moissonneur, penché, halète et sue,

Dans un immense ennui la plaine au loin se perd.

Mais voici, tel qu’un bruit confus de ruche folle, Qu’un fredon de jeunesse éveille l’écho sourd:

Dans la noire maison de brique au cœur du bourg, Joyeusement murmure et bourdonne l’école.

Et ce bourdonnement, enfantine fraîcheur,

Mêle son charme à l’air qui brûle un feu lugubre : C’est comme un courant pur au désert insalubre,

Une source bénie où va boire le cœur.

Juin 187 f.

l’aube

kA Corot.

J e suivais un sentier, à l’aube, dans les blés, Étroit, où l’on se mouille aux gouttes qui s’épanchent, En frôlant les épis alourdis qui se penchent;

Et j’errais évoquant mes rêves envolés.

Ah ! qui n’a pas perdu des rameaux étoilés,

Comme les saules gris que les hommes ébranchent, Qui font un bruit si doux quand leurs larmes étanchent La soif des liserons à leurs pieds enroulés !

Et je sentais mon cœur, d’où je chassais la prose, S’attendrir au rayon discret, pâle et changeant Comme un arbre souffrant et que la pluie arrose.

Et voilà que, joyeuse, éclate au ciel d’argent L’alouette qui voit, des brumes émergeant,

A l’Orient monter le premier flocon rose.

Courrières, i8"J2.

LES CHAMPS ET LA MER

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