‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 22 sur 70 · LE ROSIER · texte numérisé non relu

LE ROSIER

Il s’abat sur les clématites ;

On entend se mêler son bruit Au doux frémissement des mites,

Ces amoureuses de la nuit.

Et puis tout s’endort : le silence Partout et l’immobilité...

Et je sens faiblir ma vaillance Dans la peur de l’obscurité.

Mais, par les arbres, je vois poindre La lumière de la maison ;

Puis j’ai sept ans! et je veux joindre La mâle audace à la raison.

Ce grand spectre qui se détache Sur le ciel, c’est le cerisier;

Ce petit lutin qui se cache,

C’est le rosier, le beau rosier!

C’est l’arbuste aux roses vermeilles,

Où, ce midi, brillait encor.

Splendide au milieu des abeilles,

Un scarabée au ventre d’or.

Et maintenant, sombres et mornes, Feuilles et fleurs du même ton,

Ses rameaux bifurquent en cornes :

On dirait quelque noir démon...

Je songe que parfois le diable Vient hanter nos buissons la nuit, Nous guettant d’un œil effroyable...

Mais qu’entends-je? Quel est ce bruit?

LES CHAMPS ET LA MER

Quelqu’un bouge dans la ramure Du rosier. Est-ce un farfadet?

Un froufrou de feuilles murmure...

Puis mon coeur bat seul, tout se tait.

Et de nouveau, dans le silence, L’arbuste est immobile et noir.

Je m’enhardis, je le balance,

Je ne sais dans quel vague espoir...

Soudain, le rosier vibre et grouille !

Qu’est-ce qui tombe et saute en bas?

Oui, cela saute, et la grenouille Sur les rosiers ne monte pas.

Et jamais je ne vis à terre Les hannetons sauter ainsi :

L’étrangeté de ce mystère Fige d’effroi mon cœur transi.

Quels sont donc ces étranges gnomes, Vagues, informes, sans couleurs,

Qui, perdus dans d’obscurs atomes, Caracolent parmi les fleurs?

L’un d’eux, caché sous une plante, Reste tranquille et fait le mort.

Ah! si j’osais!... Ma main tremblante Pour s’abaisser fait un effort.

Ma curiosité s’allume

Et, me penchant sous l’arbrisseau,

O ciel ! je touche de la plume :

C’est un oiseau, c’est un oiseau!

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