LES HAMEAUX DU FINISTÈRE
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,A lAndrè Theuriet.
Parmi les ajoncs d’or, les houx noirs, les mélèzes Et la lande saline où l’étalon hennit.
Aux bords où l’âpre et rude Armorique finit,
Des hameaux sont semés sur le dos des falaises Qui hérissent leur longue échine de granit.
Ils ont pour contreforts de massifs pans de roche. Le lierre les étreint d’un sombre vêtement.
Ils vieillissent ainsi, bravant le dur tourment Des tempêtes qui font gémir la lame proche Et les bois que la mer ploie éternellement.
Ils dorment là, tandis que midi flambe et brise Contre le sol pierreux la pointe de ses dards ;
Ils dorment confondus avec les blocs épars
Qui chauffent au soleil leur mousse sèche et grise,
Allongés et muets comme de grands lézards.
LES CHAMPS ET LA MER
Ils dorment. Si parfois une génisse beugle. Troublant ce lourd sommeil des pierres, on dirait — Tant le charme est profond où le rêve s’abstrait — L’étrange et lent soupir d’une maison aveugle Qui renferme un ancien et douloureux secret.
Il semble que le jour les effraie. Un mystère A toute heure épand l’ombre autour du foyer noir. Où, sous le voile épais, les cuivres du dressoir,
Par place, éveillent seuls comme une étoile austère. Le jour la rue est morte, elle renaît le soir.
Quand le soir met son bronze aux pignons de la rue, Quand l’étoile du pâtre éclôt au ciel tremblant, Noires comme la nuit, sous leur grand bonnet blanc, Errent des femmes, l’une après l’autre apparue,
Le tricot à la main ou la quenouille au flanc.
La jeune, svelte et longue ainsi qu’une hirondelle, Tient droits son col sauvage et son profil amer;
Et, sœur des goélands qui planent sur la mer, L’aïeule a relevé son châle en forme d’aile,
Comme pour chevaucher sa quenouille dans l’air.
Mais loin d’aller, la nuit, se mêler aux sorcières Qui, dans le rut maudit de l’infernal hymen,
Font tournoyer leur ronde autour du vieux dolmen, Ces femmes ont pour seul talisman leurs prières Et pour seule réponse au sort fatal : « Amen ! »
On les voit s’aborder, se parler. La nuit brune, Envahissant le sol de remous vaporeux,
Monte, et son ombre emplit les vallons et les creux ; Mais, par-dessus les toits que l’or baigne, la lune Jette un pâle regard aux groupes ténébreux.